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The Handmaid's Tale, la série féministe qui va transformer vos rêves en cauchemars

Et si nos droits de femmes n'étaient pas forcément acquis ?

Par La WTF Team  - Illustration : © Hulu - Fox FPE

Fermez les yeux et représentez-vous un monde où vous n’avez pas le droit de travailler, de disposer de votre corps et de posséder une identité. Imaginez-vous un monde où votre seul rôle serait d'enfanter, d'écarter les jambes et d'attendre. C'est l'univers terrifiant dépeint dans cette série qui nous a laissées sans voix. On en tremble encore.

Ce 26 avril en France, la République de Gilhead rouvre ses portes pour nous laisser entrevoir l’avenir de ces femmes transformées en machines reproductrices au comble du désespoir. Un récit effrayant qui on en dit long sur les éventuelles dérives d’une société imparfaite – la nôtre.

La société de Gilhead, un univers totalitaire où chaque chose est à sa place

Dans la République totalitaire de Gilhead, la religion a pris le pas sur la politique aux États-Unis. Dans ce futur proche, le taux de natalité est au plus bas à cause des maladies sexuellement transmissibles, de la pollution et des déchets toxiques. Face à cette situation, la secte protestante des « Fils de Jacob » prend le pouvoir lors d'un coup d’État détruisant respectivement la Maison-Blanche, la Cour Suprême et le Congrès.

Dans cette société nouvelle, il n’y a pas de place pour les rebelles, les homosexuels et autres féministes. Éternels portés disparus - sans doute partis pour les Colonies, lapidés ou corps sans noms retrouvés pendus sur les murs, ils ont été rayés de la carte. Les hommes occupent toutes les positions du pouvoir, quand les femmes n’ont plus le droit de travailler, de posséder ni de lire. Les ‘Épouses’ sont les femmes des dirigeants et les maîtresses de maison, les ‘Martha’ s'occupent des tâches ménagères et les ‘Servantes’ sont dédiées seulement à la reproduction, surveillées de près par les ‘Tantes’, leurs préceptrices tyranniques.


Les Servantes, vêtues de leurs robes écarlates, échappent de peu aux Colonies, camps d’extermination pour dissidents, pour la seule raison qu'elles sont en mesure de procréer. Ces esclaves sexuelles doivent donner un enfant aux couples de la caste dirigeante par le biais d’un viol ritualisé en présence d’une l’Épouse stérile. Nous suivons l’histoire bouleversante de June, une Servante renommée "Offred", car au service d'un commandant dénommé 'Fred' Waterford. Affaiblie et seule, la jeune femme se raccroche à ses derniers souvenirs pour survivre. De Moïra, sa meilleure amie retrouvée parmi les Servantes lors de sa formation à Luke, son tant aimé mari en passant par sa fille, elle s’imagine ce que ces personnes, qui ont tant compté pour elles, sont devenues.

« Nolite te bastardes carborundorum » : ne laisse pas ces salauds te détruire

Dans ce récit angoissant, rien n’est laissé au hasard. Le casting, composé d'Elisabeth Moss dans le rôle de June (révélée dans l'excellente série Mad Men), d'Yvonne Strahovski (Dexter) dans le rôle de la femme du Commandant, de Samira Wiley (Orange is the new Black) ou encore d'Alexis Bledel (Gilmore Girls) est plus que convaincant. Aussi, du décor aux choix des couleurs, tout est là pour nous mettre mal à l'aise. Le rouge des robes de ces servantes condamnées à rester silencieuses pour l’éternité au rouge du sang, sur les murs des exécutés ou sur le visage des rebelles, nous rappelle que la mort est elle aussi un personnage à part entière. Les maisons ne sont presque pas éclairées, poussiéreuses, comme si nous avions fait un saut dans le temps sans aucune transition.

Il fait presque noir, et cette noirceur ne nous laisse jamais espérer ou souffler un peu. Nous sommes aussi seuls que June, prêts à imploser, dans cette chambre sans âme. Oui, le futur est cauchemar. Un cauchemar où la peur ne nous quitte jamais. L’enfermement de June dans sa chambre nous renvoie nous-mêmes à cette spirale solitaire où le souvenir d’une vie heureuse faite de flashbacks résonne dans notre tête telle une douloureuse litanie que l’on se chante pour se rassurer et fuir ces murs.

© Hulu - Fox FPE

Partagée par la peur de mourir et l’envie d’en finir, partagée par l’envie d’être une élève modèle et le désir de tout faire exploser, le personnage trouve son réconfort en découvrant l’inscription « Nolite te bastardes carborundorum » gravée dans le placard de sa chambre, une phrase en faux latin signifiant « ne laisse pas ces salauds te détruire ». Qui l'a inscrite ? Peu importe. Cette phrase est là et console comme elle peut.

Y'a-t-il quand même un espoir ailleurs ? Même au-delà de ces mêmes murs, la perspective de vivre dans les Colonies, camp de concentration où les « demi-femmes » doivent nettoyer et respirer des déchets radioactifs avant de s’éteindre quelques semaines plus tard, laisse entrevoir que le repos n’existe plus ici-bas.

Une deuxième saison plus sombre que jamais

Après une saison anxiogène et qui s’est terminée – à peu de chose près - comme le roman de Margaret Atwood, les scénaristes ont dû prendre le relais de l’auteure, et les choses ne semblent pas aller mieux pour la suite des aventures de June et des autres maids. Si Bruce Miller, showrunner de la série, confirme que cette seconde saison explorera davantage l’univers de Gilhead tout en restant le plus fidèle possible à l’univers d’Atwood, les personnages n’auront le droit à aucune trève.

Dans une interview accordée à Entertainment Weekly, l'actrice principale Elisabeth Moss confie que la saison 2 ira toujours plus loin dans l’angoisse : « Cette saison est 100 fois plus « dark » que la saison 1. » On se prépare déjà à frissonner.

Simone de Beauvoir nous l'avait pourtant dit 

Le regard pessimiste de Margaret Atwood n'est pourtant pas une nouveauté. Il y a 110 ans naissait Simone de Beauvoir. Cette figure phare du féminisme, à qui nous devons tant, a su faire fi des tentatives d’intimidations qu'elle a dû supporter pour rentrer dans l’Histoire. C’est aussi à elle que nous devons ces phrases qui retentissent en nous comme un terrifiant écho : « N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Était-ce une déclaration pessimiste ou simplement prophétique ?

Car oui, Simone de Beauvoir nous a gratifiés de cette phrase si riche de sens, que nous pouvons, en cette époque paradoxale, imprimer sur nos étendards en lettres capitales, tant elle résonne fort dans nos cœurs et illustre notre colère. Avec cette époque qui souffle le chaud et le froid, cette époque où certaines, làs de ce monde ancien, ont crié « Moi aussi » suite aux révélations publiques de cas de harcèlement et d'agressions sexuelles attribuées à l’ancien producteur de films Américain Harvey Weinstein.

© Hulu - Fox FPE

Une série qui nous invite à porter un regard critique sur notre société

Une époque propice au renouveau, où l’on aperçoit en toile de fond le spectre de toutes ces autres femmes dont les droits s’écrasent chaque jour un peu plus face au mur des extrêmes. Le 5 décembre dernier, le Commissaire aux Droits humains du Conseil de l’Europe a rendu public un rapport qui illustre le recul inquiétant des droits reproductifs et sexuels en Europe. Le parlement polonais est toujours en train d’examiner un texte visant à restreindre totalement le droit à l’avortement, et l’an dernier, le président Vladmir Poutine a annoncé la dépénalisation officielle des violences conjugales en Russie. Et même si l’historique Women’s March, qui avait fait venir centaines de milliers de manifestantes à Washington le lendemain de l'inauguration du nouveau président des États-Unis Donald Trump nous avait redonné l’espoir d’un monde nouveau, au moins 200 millions de filles et de femmes toujours en vie ont subi et continuent de subir des mutilations sexuelles dans près de 30 pays du monde. Oui, nous vivons une époque où nous brandissons nos poings tout en regrettant chaque jour un peu plus la fragilité de nos acquis sociaux.

C’est en cela que la série The Handmaid’s Tale, créée par le producteur Américain Bruce Miller, fait office de miroir grossissant d’une société défectueuse qui nous abîme et nous aliène. Cette dystopie, adaptée très fidèlement du roman de Margaret Atwood, La Servante Écarlate, nous permet d’oublier un instant les récits glaçants de police de pensée imaginés par George Orwell, d’autodafés racontés par Ray Bradbury ou encore du Meilleur des mondes dépeint par Huxley. Ici, on ne se concentre pas sur l’avenir de l’humanité, non, mais ‘seulement’ sur sa moitié : celui des femmes.

En attendant, ne les laissons pas nous détruire. Nolite te bastardes carborundorum.

The Handmaid’s Tale, saison 2, le 25 avril sur Hulu et le 26 avril en France, sur OCS.

Si vous n'avez pas encore vu la saison 1, sachez qu'elle est également disponible en DVD.

La bande-annonce : 

La WTF Team

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Les meilleurs commentaires
Vanessa Voet
Vous avez tellement bien décrit cette série que je suis bien tentée de la regarder. Pour m offusquer, soutenir l'héroïne .... et râler évidemment
No35
Contente que vous ayez fait un article là-dessus, déjà vu la première saison j’ai complètement adorée!! Cette série est magnifiquement énervante, tout le long de la saison on est énervée, horrifiée, émue... on peut très facilement s’identifier surtout vu ce qu’il ce passe en ce moment ! On peut vite ce remettre en question. Je conseille vraiment a tout le monde de voir cette série !!

COMMENTS
Vanessa Voet
Vous avez tellement bien décrit cette série que je suis bien tentée de la regarder. Pour m offusquer, soutenir l'héroïne .... et râler évidemment
No35
Contente que vous ayez fait un article là-dessus, déjà vu la première saison j’ai complètement adorée!! Cette série est magnifiquement énervante, tout le long de la saison on est énervée, horrifiée, émue... on peut très facilement s’identifier surtout vu ce qu’il ce passe en ce moment ! On peut vite ce remettre en question. Je conseille vraiment a tout le monde de voir cette série !!
Lounamia
Je ne comprend pas comment la femme en qui grandit la vie sois autant maltraitée et au final nous créons nos propres bourreaux c’est assez ironique 😒
Agora29
Voici un article qui définit bien ce qu'est la spécificité de la WTF. Allez trouver des contenus aussi éclectiques et pertinents chez la concurrence... ☺
Fadela
Hâte de voir cette série, votre article invite à la découvrir.
stora
Première saison fantastique en effet, angoissante, glaçante...J'attends aussi avec impatience la saison 2. Difficile d'imaginer que ce sera encore plus "dark"! Très bon article en tout cas! Continuez!
Zaida Slaiman
Cette serie est super a voir absolument
Anaïs Clocheau
Tellement contente qu'un article soit fait sur cette merveilleuse série parlant d'un monde fictionné, mais qui montre que tout peut basculer d'un moment à l'autre, surtout en ce moment...
Marc Folliot
Bel article ! Merci.
Marmotte
Super série qui ne vous laissera pas indifférent ou indifférente. L'histoire et la mise en scène topissime. L'actrice est remarquable.