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Témoignages - Par amour et pour l'amour, elles ont décidé de couper les ponts avec leur famille

"Tout quitter a été l'une des meilleures décisions de ma vie"

Par Laura Bonnet  - Illustration : © iStock

*Les prénoms ont été modifiés

Éloïse*, 22 ans et Mathilde* 23 ans, ne se connaissent pas. Pourtant, elles ont un point commun : celui d’avoir, un jour, couper les ponts avec un ou plusieurs membres de leur famille pour vivre leur relation de couple. Une décision violente et difficile, mais parfois bénéfique.

"Je suis en couple avec Clément depuis mai 2013, quand je l’ai rencontré, j’étais encore au lycée. Lui, travaillait déjà. Je n’étais pas hyper sûre de moi, j’avais vécu un viol quelques mois auparavant et j’avais du mal à l’identifier comme tel. J’en avais parlé à personne. Alors, quand j’ai rencontré Clément, il est devenu mon sauveur. Du moins, je le voyais comme ça.", se souvient Éloïse, 22 ans.

"J’ai grandi avec une mère chrétienne et un père musulman très pratiquant. Quand j’avais 6 ans, mes parents ont divorcé. Ça a été très violent. Avec ma sœur, on voyait très peu mon père. Il ne savait pas comment être père, comment se comporter avec nous. Quand j’ai rencontré mon copain, j'avais 15 ans. Il était réunionnais et chrétien. Ça a été l’amour. Très vite, tout de suite. J'étais déjà très mature pour mon âge à cette époque et c'est rapidement devenu très sérieux", raconte Mathilde, 23 ans.

L'amour qui chamboule tout

"Quand j’ai raconté à mon père que je voyais un homme de 8 ans de plus que moi, il a immédiatement cru à une blague ou à une relation qui ne durerait que quelques mois. Il n’a pas souhaité le rencontrer, ni même en discuté. Alors j’ai laissé couler. Petit à petit, j’ai commencé à voir mon père de moins en moins. Je ne lui parlais presque plus, je lui racontais beaucoup moins précisément mon quotidien, ma vie de jeune femme. Je ne parlais que boulot ou amis.", se remémore Éloïse.

"J’ai commencé à expliquer à ma mère que cette relation était sérieuse. Elle a plus ou moins accepté. Mon père, en revanche, c’était une autre histoire. Il est originaire d’un petit village de la Tunisie du sud, extrêmement traditionaliste. Pour lui, il était inconcevable que je n’épouse pas un homme musulman, issu de son village. D'ailleurs, même si j’avais fréquenté un Tunisien, d’une autre région, il ne l’aurait pas accepté. Un jour, je me souviens avoir fait la bise à un ami de mon cousin, en Tunisie. Mon père m’a fracassé le crâne, me disant que je ne me respectais pas. Je savais de quoi il était capable et qu’il n’allait jamais accepter cette histoire. Les seules fois où j'ai voulu aborder le sujet, il a insulté mon amoureux de 'sale noir', de 'fils du diable' ", témoigne Mathilde.

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Le temps des choix et de la cassure

"Puis, j'ai décidé de m’installer avec Clément. Mon père n’a pas du tout accepté. Pourquoi ? Parce que Clément n’est pas juif, comme nous. A cette époque, j’étais en stage et vivais avec 200 euros. C'est à ce moment là qu'il a décidé de ne plus m'aider financièrement. J’étais clairement dans la merde et il m’a laissé dans la merde ! Je savais qu’il avait les moyens de m'aider, d’aider sa fille. Ça me rendait dingue et triste, surtout.", explique Éloïse.

"Après le bac, on a décidé de vivre ensemble. Je savais que mon père n’accepterait jamais, qu'il était capable de tout et du pire. La seule solution pour vivre tous les deux, c’était partir. Ma belle-mère m’a proposé de venir vivre à la Réunion. J’ai décidé de 'm'enfuir', sans prévenir personne. Tous les week-ends, je préparai mon départ en secret, mes bagages, mes papiers... Le 10 octobre, je suis partie. J’ai attendu d’être en salle d'embarquement, d’être en sécurité, pour prévenir ma mère. Quand mon père l’a appris, ça a été terriblement violent. Tous les jours, il allait harceler ma mère pour savoir où j’étais, ce que je faisais…", confie Mathilde.

Rupture familiale et solution(s)

"Un jour, j’ai eu un souci dans mon couple. J’ai décidé de prendre un appartement, seule. C’est à ce moment-là que mon père a recommencé à m’aider. Et petit à petit, on a ressoudé les liens. C’était très important pour moi", insiste Éloïse.

"Si ce départ a été l’une des meilleures décisions de ma vie, mon père n’est jamais revenu sur sa décision. Un an après mon départ, nous sommes retournés sur le continent avec mon conjoint car nous ne trouvions pas de travail à la Réunion. J’ai essayé d’organiser une rencontre au restaurant, un lieu neutre. Ils ne se sont jamais adressés la parole. Un jour, je suis tombée enceinte. Je l’ai annoncé à mon père au bout de 5 mois. Sa seule réponse a été : ‘tu ne peux pas avorter ? Tu as le fils du diable dans ton ventre’. À ce moment-là, quand il a insulté mon fils, mon futur enfant, j’ai su que c’était terminé. J'avais perdu tout estime pour lui !", raconte Mathilde.

Et l’avenir dans tout ça ?

"L’avenir ? Je le vois avec Clément, évidemment. Mais ça, je ne peux pas le dire à mon père. Aujourd’hui, je sais qu'il ne verra jamais Clément. Et que Clément ne le rencontrera jamais. Je suis sans cesse en train de faire un choix entre l’un et l’autre. Cela fait 5 ans que ça dure. J’ai arrêté de me battre et je pense que j’ai bien fait. Si Clément était Juif, cela changerait tout pour mon père. Mais il ne l'’est pas et ne le sera jamais. La religion joue beaucoup dans cette histoire, c’est sûrement le point principal à retenir.", conclut Éloïse.

"Je n’ai plus aucun contact avec les autres membres de la famille de mon père. Il est très influent et c’est lui qui prend toutes les décisions. À chaque fois que l’on aborde l’idée de se voir, ils répondent : ‘il faut d’abord que j’en parle à ton père’. Aujourd’hui, mon père n’a jamais vu son petit-fils. Quant à mon fils, il grandit sans son grand-père, alors que celui-ci est encore vivant. En revanche, je ne lui mentirai jamais. Je lui parlerai de mon père, je lui montrerai des photos. Car, malgré cette rupture, je l'aime. S’il change, un jour d’avis - même si je n’ai pas grand espoir - il aura, bien sûr, le droit de le rencontrer. C’est triste, cette histoire enlève du bonheur et de l’amour à tout le monde. Comme toutes les filles, j’avais et j’ai besoin de l’amour de mon père et de son soutien.", termine Mathilde.

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Laura Bonnet

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