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Témoignage : né intersexe, "ils ont choisi pour moi"

Mutilations génitales : le lourd fardeau des intersexués

Par Lola Talik  - Illustration : © iStock

En 2016, l’ONU a qualifié les opérations de "réassignation sexuelle" subies par les personnes intersexuées à la naissance ou à l’adolescence de "torture". Pourtant, celles-ci sont toujours pratiquées. T.B. en a fait les frais et nous raconte pourquoi cela doit cesser.

L'ONU, Amnesty International et Human Rights ont beau avoir condamné les violences génitales subies par les intersexués, le corps médical continue de les pratiquer sur près de 1,7% de la population, rapporte Komitid. Comme nous l'explique T.B., infirmier de profession -et membre de l'ONG StopIGM.org, du GISS Alter Corpus et du groupe de travail Inter-Legislation de Genres Pluriels- dont le témoignage nous a bouleversé.

L'enfance

Comme de nombreuses personnes intersexuées, T.B. a lui aussi subi des opérations de "réassignation sexuelle". À commencer par une urétroplastie pratiquée dès sa naissance pour "déplacer l'urètre là où il aurait dû être". 

"Influencés par les médecins, mes parents ont accepté cette opération qu'on leur présentait comme étant 'simple et rapide'. Mais cette opération n'étant pas quelque chose de 'normal' pour mon corps, j'ai souffert pendant des années d'infections à répétition très douloureuses", nous confie-t-il. 

"On n’explique pas assez bien les conséquences, à court, moyen et long terme de chaque intervention. J'aurais aimé connaître tous les tenants et les aboutissants (...) Quant à l’âge idéal pour la prise de décision des enfants (et leur consentement), c’est très subjectif. Tout dépend de leur maturité. Le 'mieux' serait peut-être de questionner les enfants entre 12 et 14 ans sur des sujets existentiels et d'observer leurs réactions. S’ils ont des réactions rationnelles, on peut supposer qu’ils sont aptes à avoir une réflexion plus poussée sur des sujets qui les concernent", explique-t-il.

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L'adolescence

Outre l’hypospadias et la taille réduite du pénis, à la naissance de T.B., aucun signe ne permettait d'envisager une quelconque "ambiguïté" ou "intersexuation", comme disent les médecins. C'est à la puberté que ses caractères sexuels plus féminins ont commencé à se manifester.

À ses 13 ans, les médecins décident donc d'étudier son caryotype. Celui-ci révèle alors la présence de 47 chromosomes, et non 46. Deux chromosomes X et un chromosome Y.

L'adolescence a été une période traumatisante

"L'adolescence a été une période traumatisante. Alors que mes camarades masculins voyaient leurs muscles et leur pilosité se développer, moi j'évoluais avec un pénis 'trop petit', une atrophie testiculaire, des séquelles génitales et une poitrine plus que naissante qui correspondait presque à un 90 D". À un âge où tous les ados se cherchent, se comparent et manquent cruellement de bienveillance les uns envers les autres, T.B. se sent perdu. Ses parents font aveuglément confiance aux médecins et ne comprennent plus leur enfant. On lui apprend à avoir honte de ce qu'il est et à se taire pour ne pas divulguer "le secret". T.B. se sent seul et on commence à le psychiatriser. Sous traitements hormonaux forcés pendant toute son adolescence, il ne se sent alors plus en accord avec le genre qu'on lui a assigné et l'orientation sexuelle qu'on attend de lui. 

À 14 ans, il subit finalement une double mastectomie, sans jamais parler torsoplastie. C'est un énième coup dur. L'opération n'est pas réalisée correctement, et T.B. s'en sort avec plusieurs cicatrices et des nodules qui, encore aujourd'hui, gonflent tous les mois. 

"On ne m'a jamais préparé, ni aidé, à vivre avec les séquelles d'une pareille opération. Les médecins font comme s'il n'y en avait pas. Pourtant elles ne sont pas qu'esthétiques ! Dans les cas de cancers du sein, ce type d'opération a des conséquences physiques et psychologiques aussi".

La reconstruction

Après une enfance difficile, une adolescence marquée par un lourd sentiment d'insécurité et plusieurs tentatives de suicide, aujourd'hui, T.B. s'accepte davantage : "J'ai encore du mal à vivre librement. Montrer mon corps est encore une épreuve. Je n'ai pas pu le regarder pendant longtemps, mais parler de mon combat m'aide à aller de l'avant". Il a d'ailleurs cessé de prendre les traitements hormonaux qui pendant des années lui ont bousillé le moral et la santé, et qui ont entrainé des conflits familiaux car leurs effets sont complexes et modifient involontairement les comportements. Il laisse désormais vivre son corps naturellement, avec sa faible production de testostérone et sa production d'oestrogène. 

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Le message

Pour T.B., à ce jour, les problèmes sont multiples. Parents et enfants sont incomplètements informés. Bien souvent, ils s'en remettent aux seuls médecins qui leurs semblent "tout savoir". De leur côté, les médecins justifient leurs traitements par des notions d'urgence à intervenir pour "leur bien". À cela s'ajoute le fait que les conséquences des interventions médicales pratiquées ne sont pas clairement exposées, les traitements hormonaux ne sont pas vérifiés au cas par cas, les consentements relatifs aux interventions médicales (opérations et prises de traitements hormonaux) sont ignorés, et surtout, la société n'est pas assez préparée. 

"En nous maltraitant ainsi, on nous invisibilise et la société nous ignore. Le gouvernement a d'autres préocupations, mais en laissant faire, on continue de castrer, stériliser et modifier le sexe de nombreux enfants ! Les politiciens, comme les médecins, ont du sang sur les mains". 

C'est à la société d'accepter sa propre diversité

"Il est important d'expliquer aux enfants lorsqu'ils sont très jeunes que tout le monde ne naît pas fille ou garçon", insiste-t-il. Car comme le dit si bien "Le Collectif Intersexes et Alliées" : "c'est à la société d'accepter sa propre diversité". Les variations intersexes sont des variations saines du vivant, et dans leur immense majorité sans danger pour la vie de l’enfant. Elles ne devraient pas conduire à de la stigmatisation et à de la médicalisation inutile et néfaste.

Désormais, T.B. aimerait "offrir au monde son expérience, son vécu et son savoir, pour qu'on ne fasse plus subir aux enfants ce qu'on lui a fait subir". 

Lola Talik

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Les meilleurs commentaires
simpleman4704
ce témoignage est des plus édifiant et émouvant lorsque que l'on songe a tout ce qu'a subit T.B. car il ne rentrait pas dans un moule dès sa venue au monde les choses ferait bien de changer pour ces personnes qui ne demande qu'a vivre comme tout le monde
Lowry17
Bien de mettre en avant ceci je ne savais mm pas que cela exister et là souffrance de T.B et un crève cœur, si l’on en parler plus plusieurs personnes je pense souffrirez bcp moins.. j’aime beaucoup vos articles 😊

COMMENTS
simpleman4704
ce témoignage est des plus édifiant et émouvant lorsque que l'on songe a tout ce qu'a subit T.B. car il ne rentrait pas dans un moule dès sa venue au monde les choses ferait bien de changer pour ces personnes qui ne demande qu'a vivre comme tout le monde
Lowry17
Bien de mettre en avant ceci je ne savais mm pas que cela exister et là souffrance de T.B et un crève cœur, si l’on en parler plus plusieurs personnes je pense souffrirez bcp moins.. j’aime beaucoup vos articles 😊