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Témoignage : "chacun a son histoire avec la PMA... la mienne fut douleureuse"

Médicaliser sa grossesse

Par Laura Bonnet  - Illustration : © iStock

En 2003, Constance a réalisé sa première FIV. La première d’une longue série. Aujourd’hui, ses filles ont 13 ans et 7 ans. Elle nous raconte son histoire, leur histoire.

"Quand tu apprends que tu ne pourras pas faire un enfant sous la couette, tu as les boules", nous confie Constance. Dans les années 2000, elle a eu recourt à la PMA pour pouvoir avoir des enfants. Aujourd’hui, elle nous dévoile son expérience, entre joie immense et traumatisme.

Médicaliser son quotidien

"On s’est très vite aperçu qu’il y avait un problème avec mon conjoint. Puis le verdict est tombé : il était stérile. Moi ? Je n’avais aucun problème. J’ai tout de suite pensé que la FIV fonctionnerait vite et sans encombre. Sauf que voilà, même si la PMA est un processus médicalisé, c’est la nature qui décide. Ton quotidien est complètement bouleversé. 10 jours par mois, je devais me faire des piqûres à heures fixes, afin d’augmenter mon taux d’ovocytes. La 1ère fois, j’étais tellement en panique que je tremblais comme une feuille. J’ai mis au moins 1h30 avant de réussir. Tous les mois, c’est la même rengaine : des visites à l’hôpital, chez le gynéco, pour se faire ponctionner ses ovocytes sous anesthésie, réimplanter les embryons et attendre… attendre que ça fonctionne. Je me sentais surmédicalisée. J’avais l’impression d’avoir une maladie incurable, alors que je voulais juste un enfant."

Les échecs puis… la réussite

"Dès ma première FIV, je suis tombée enceinte. Malheureusement, l’embryon n’a pas tenu, et j’ai dû me faire avorter. Je ne voulais pas m’arrêter là. J’ai donc réitéré l’expérience : les piqûres, les prises de sang, l’hôpital et compagnie. Dans ces moments là, on devient vite obsédé. Et à chaque prise de sang négative, c’est la même déception. Finalement, au bout de 4 FIV, j’ai eu ma 1ère fille. Enfin."

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La perte d'un enfant

"Quand je suis tombée enceinte pour la 3ème fois - toujours grâce à une FIV - j’attendais des jumelles. Avec une PMA c’est très courant. Ma grossesse s’est très bien passée mais lors de mon accouchement, le cordon ombilical de l’une de mes jumelles s’est désolidarisé du placenta. Ma fille a fait une hémorragie et est morte sur le coup. En quelques secondes, en quelques minutes, il a fallu se dire : ‘la vie que l’on avait prévu à 4 se fera, finalement, à 3’. C’était épouvantable. Un véritable tsunami. En une fraction de secondes, il faut réorganiser sa vie : rendre les vêtements, la poussette double au magasin. Aujourd’hui, encore, j’y pense presque tous les jours. Et même si j’ai fait mon deuil, je n’oublierai jamais la mort de ma fille."

L’impact de la PMA sur la vie de couple

"Mon expérience de FIV est mitigée. Bien sûr, je suis heureuse d’avoir eu des enfants grâce à la médecine. Mais je suis certaine d’une chose : je n’aurais pas vécu des choses aussi traumatisantes si j’avais eu la chance de vivre une grossesse ‘naturelle’. Je l’ai fait pour palier la stérilité de mon mari. Sauf que quand tu fais une PMA pour quelqu’un, il y en a forcément un qui subit et un autre qui culpabilise. Aujourd’hui, et depuis plusieurs années, nous sommes divorcés. Alors, très clairement, je ne recommande pas la FIV pour s’épanouir dans un couple. Il n’y a rien de glamour à cela, rien. Entre aller à l’hôpital, enchaîner les médecins, ne pas concevoir un enfant sous la couette… Cette expérience a, en partie, détruit mon couple. Quant à la mort de notre enfant, elle nous a considérablement éloignés. Quand on vit une expérience aussi traumatisante que celle-ci, on ne fait pas son deuil de la même manière, on est victime de rancœur, et on se reproche des choses qu’on ne devrait pas se reprocher."

La PMA, un espoir

"La PMA, c’est fabuleux mais ça reste quelque chose qui n’est pas naturel. Avec la FIV, je me suis exposée à plus d’expériences difficiles, à plus d’échecs, plus de traumatismes. Pour autant, je ne regrette rien. Aujourd’hui, je ne peux que conseiller la PMA, à tout le monde, à mes amis, à mes proches, aux célibataires, aux lesbiennes. Car je suis sûre d’une chose : ne pas avoir d’enfant - quand c’est la chose que l'on désire le plus au monde - peut être encore plus terrible que les expériences que j’ai pu vivre."

"Et même si dans mon cas la PMA a bousillé mon couple, elle peut, aujourd'hui, sauver des milliers de femmes et des hommes. J'en suis persuadée."

Laura Bonnet

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