L A - W T F
x
vous aussi
dites que vous aimez La WTF

Témoignage - Anna Polina, actrice et féministe : "faire du porno a été une libération"

"Pour moi, il y a un acte féministe en faisant du X"

Par Lola Talik  - Illustration : © Anna Polina

Véritable "couteau suisse du charme", Anna Polina travaille dans l'industrie du sexe depuis dix ans. Si, pour certains, vendre son corps va à l'encontre des valeurs du féminisme, Anna Polina, elle, y voit, au contraire, un acte de militantisme.

À 29 ans, Anna Polina comptabilise déjà dix ans de carrière dans le "milieu du sexe". Actrice porno (mais pas que), modèle photo, webcam girl, mais aussi réalisatrice, elle se décrit comme étant "un véritable couteau suisse du charme". 

À lire aussi - Addictes au sexe : elles témoignent

Rébellion

"J’ai commencé par des photos de charme, nous raconte d'abord Anna Polina. Mais ce qui m’a donné envie de faire du X, c’est lire Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi. C’est cette envie de me marginaliser, d’aller à l’encontre de ce qu’on m’avait inculqué, d’assumer ma sexualité épanouie, d’être une 'salope' mais d’en faire un atout, de manière saine. C'est cette envie de me rebeller et d'aller à contre-courant.

Au départ, ça ne devait être qu'une expérience, je ne pensais pas en faire faire mon métier. J’ai continué mes études, en gardant un orteil dans le milieu. Et puis, pendant une semaine de vacances scolaires, j'ai fait des tournages tous les jours. Ce que je n’avais jamais fait auparavant. Et finalement, je ne suis jamais retournée à l’école. J’ai fini par signer chez Marc Dorcel et tout s’est enchaîné. Ce n’était pas une carrière que j’avais planifiée. Ce sont plutôt les occasions qui m’ont amenée à être là dix ans après. Et tout ça s’est fait dans la douceur".

Libération

"A 19 ans, faire du X, c’était pour moi quelque chose de l’ordre de la libération, confie Anna Polina. Cette libération dont Virginie Despentes parle très bien dans King Kong Théorie, dans le chapitre 'porno sorcières'. Il n’y a pas de meilleure manière de se stigmatiser en tant que femme, qu’en faisant du hard.

À l’époque, j’étais aussi très complexée par mon corps. Faire du X, me mettre nue et à nue, ça a été une libération. Quant à l’acte sexuel, les acteurs sont les mecs sexuellement et humainement parlant les plus cool que j'ai rencontré. Entre acteurs il y a beaucoup de fraternité et de bienveillance".

Féminisme

"Le regard que je portais sur le X et le féminisme à 19 ans, n’est pas celui que je portais à 25 ans et ni celui que je porte aujourd’hui à 29 ans, poursuit Anna Polina. Au fil du temps, on évolue, et on s’interroge. Enfin, si on veut donner du sens à ce que l’on fait. 

En tant que féministe, je m’interroge. Pour moi, il y a un acte féministe en faisant du X. En tant qu’actrice, on décide de faire ce que l'on veut de notre corps, et en plus, on peut gagner notre vie grâce ça ! Alors oui, je trouve que c’est féministe, si c’est décidé. Après, en fonction du contenu, est ce que l’on est féministe quand on flatte l’ego de l’homme ? Je ne sais pas. Cette notion est propre à chacun. Moi je crois à la nuance. Je n’aime pas les extrêmes. Je pense qu’aucun n’extrême n’est bon. Et je crois qu'il y a quelque chose de clairement féministe en allant à l’encontre du patriarcat qu’on nous impose. 

C’est décider à la place des femmes qui est anti-féministe

Par ailleurs, j'ai récemment tourné une scène de "domination" ou je marchais à quatre pattes, et je ne me suis pas du tout sentie humiliée. C’était un jeu sexuel. Un jeu auquel j’aurais très bien pu jouer dans l’intimité. Je ne considère pas qu’être traitée comme une 'salope' est anti-féministe, si je l’accepte. C’est décider à la place des femmes, de ce qu’elles doivent faire ou ne pas faire, qui est anti-féministe !

Et puis il faut aussi penser aux personnes auxquelles on s’adresse. Il y a un public dont on ne parle pas assez, ce sont les personnes qui n’ont pas toujours accès à une vie sexuelle aussi épanouie qu’elles l’aimeraient. Je pense, par exemple, aux personnes handicapées. Parfois, elles n’ont accès qu’aux prostituées, aux actrices via les webcams, les films, ou les salons érotiques. Et je trouve qu’il y a quelque chose de très humain dans l’idée de pouvoir partager cela avec elles".






View this post on Instagram









« Si tu avances, tu meurs ; si tu recules, tu meurs. Alors pourquoi reculer? »

A post shared by Anna Polina (@annapolina_) on

Reconnaissance

"J'adore mon métier, mais je regrette fortement qu'il n'y ait pas d'administration fiscale, sanitaire et psychologique, déplore Anna Polina. Ça, c'est le plus gros souci du porno. Quand on commence, on n'est pas assurées, on n'a pas de fiches de paie, on n'est pas encadrées. S'il doit y avoir un problème majeur dans ce milieu, c'est pour moi celui-ci : comment exister en tant que personne sociale, dans ce système, quand on n’existe pas réellement 'professionnellement' aux yeux de l’État ?

C’est problématique ce manque de soutien psychologique, parce que c’est un métier extrême. On mérite d’avoir un référent, et puis un médecin particulier qui nous explique les risques du métier et comment prendre soin de nous. Comment faire un lavement anal, par exemple. En tant que femme, il est parfois très difficile de trouver un gynécologue qui puisse se montrer à l’écoute. Mais c’est à nous de nous battre pour nos droits. Donc c’est pour ça que je ne me positionne pas en victime. Et pour tout le reste, j’adore mon métier".

Tolérance et bienveillance

"La société a réussi à monter les hommes contre les femmes et les femmes contre les femmes. Mais il faudrait être plus solidaires. Soutenons-nous ! Faisons-en sorte que n'importe quelle nana puisse se balader voilée ou en mini-jupe sans se prendre des commentaires. Il faut avoir le droit de se déplacer, quel que soit le lieu, l’endroit, comme on en a envie. Ça va au-delà de mon métier, mais je trouve qu’on ne se fait pas assez de cadeaux entre femmes, et c’est dommage. On a besoin les unes des autres. Et même en tant qu’êtres humains, j'aimerais voir plus de tolérance et de bienveillance".

Et voilà un bon crédo pour appréhender cette nouvelle année !

Lola Talik

Partagez sur les réseaux !

Soyez le premier/la première à commenter !
Vous devez être connecté/avoir un compte pour ajouter une réponse !
Créer mon compte Se connecter