L A - W T F
x
vous aussi
dites que vous aimez La WTF

Pourquoi (re)lire King Kong Théorie de Virginie Despentes peut changer votre vie à tout jamais

12 ans après la sortie de l'essai, son texte nous obsède toujours autant.

Par La WTF Team  - Illustration : © Éditions Grasset

« Je suis furieuse contre une société qui m’a éduquée sans jamais m’apprendre à blesser un homme s’il m’écarte les cuisses de force, alors que cette même société m’a inculqué l’idée que c’était un crime dont je ne devais pas me remettre. »

Avec King Kong Théorie entre nos mains, nous le savions depuis le début. Personne ne peut se remettre de cette bombe. Du jour où nous avons lu les premières lignes de ce manifeste initiateur à aujourd’hui, cette époque cruciale où s’est développé le mouvement #MeToo avec l’affaire Weinstein, rien n’a vraiment changé.

Virginie Despentes n’est pas de ces autrices qui murmurent délicatement à l’oreille de ses lecteurs. Ici, pas d’assonances réconfortantes, pas d’allitérations apaisantes ni de métaphores alambiquées. Despentes n’est pas là pour nous brosser dans le sens du poil. Ça servirait à quoi, de toute façon ? Pour apprendre à être lucide, il faut accepter l’idée de se prendre une soufflante au moins une fois dans sa vie.

Dans cet essai féministe – souvent cité comme l’un des précurseurs de son époque - Despentes choisit judicieusement ses mots avant de les marteler. Et oui, ça fait mal. King Kong Théorie, manifeste féministe sorti en 2006, est le 6e livre de l’écrivaine. Après la sortie de plusieurs romans dont le controversé Baise-Moi en 1993, dont l’adaptation au cinéma a créé la discorde par sa violence, Despentes a voulu, cette fois, coucher sur le papier un cri du cœur. Un cri du cœur dont l’extrême puissance a résonné dans nos têtes comme un immense parpaing dans la face.

« J'écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf. Et je commence par là pour que les choses soient claires : je ne m'excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. Je n'échangerais ma place contre aucune autre, parce qu'être Virginie Despentes me semble être une affaire plus intéressante à mener que n'importe quelle autre affaire. »


Avec King Kong Théorie, Virginie Despentes nous propose également, à travers cet essai, un récit biographique extrêmement douloureux, fait de cicatrices et de plaies parfois encore ouvertes, un récit dur et implacable. Furieuse, elle fustige une société qui ne laisse aucun répit aux femmes et y évoque, avec une fermeté impressionnante, le viol dont elle a été victime plus jeune. Un événement qui l’a poussée à se reconstruire, tant bien que mal, à travers une expérience dans l’univers de la prostitution. Un épisode de sa vie dont elle consacre un chapitre avant d'évoquer son rapport à la pornographie, mais aussi et surtout la violence et la brutalité quotidiennes, qu’il faut encaisser, peu importe qui et où nous sommes.

« Je suis furieuse contre une société qui m’a éduquée sans jamais m’apprendre à blesser un homme s’il m’écarte les cuisses de force, alors que cette même société m’a inculqué l’idée que c’était un crime dont je ne devais pas me remettre. »


Mais, malgré cette désolation et cette révolte, il y a, dans ce texte, le désir et la revendication d’une liberté retrouvée – ou à retrouver. Plus encore, il comble un vide, un grand vide pesant.

Un vide qui est le fruit de toutes ces années où l'on nous a contraintes d’intérioriser, de suivre un chemin tout tracé. On ne nous a jamais parlé de notre corps et de nos désirs possibles, de notre hypothétique indépendance, ni même de la notion d’ambition.

Et puis, après toutes ces années à feuilleter sagement des magazines sans trop réfléchir, à coups de bikini ready, d’astuces pour maigrir et des conseils pour le faire craquer, King Kong Théorie est rentré dans notre vie sans prévenir, un peu comme l'ingurgitation de la pilule rouge dans Matrix.

Mais oui, vous savez, la pilule rouge, celle de la connaissance et pire (ou mieux) encore, de la lucidité. Celle qui vous permet de voir tout ce qui va, mais surtout tout ce qui ne va pas. Et là, nous avons enfin vu l’inacceptable de notre société. Nous avons compris toutes ces histoires de consentement, de demi-consentement, mais surtout de non-consentement, que ce soit avec des inconnus, des amis, des plus qu’amis, des connaissances, et tous ceux que l’on connaît beaucoup trop bien.

Et puis, au fond, ça change quoi, de plaire, de ne pas plaire ?

« Je m'en tape de mettre la gaule à des hommes qui ne me font pas rêver. Il ne m'est jamais paru flagrant que les filles séduisantes s'éclataient tant que ça. Je me suis toujours sentie moche, je m'en accommode d'autant mieux que ça m'a sauvée d'une vie de merde à me coltiner des mecs gentils qui ne m'auraient jamais emmenée plus loin que la ligne bleue des Vosges. Je suis contente de moi, comme ça, plus désirante que désirable. »


En fait, Virginie Despentes avait tout compris, depuis le début. Peut-être était-elle trop en avance sur son temps, au moment de la publication de l’essai en 2006. Toujours est-il qu’aujourd’hui, le livre, traduit en 16 langues, connaît un regain de popularité dans les librairies. Et on sait pourquoi.

Tel un électrochoc, nous nous sommes réveillées face au monde : un réveil douloureux vers la connaissance et la fin de l'illusion. Nous avons compris un degré supérieur de compréhension, et de ce voyage, on ne revient pas.

On ne s’excusera plus d’exister. Plus jamais.

Le texte de King Kong Théorie est actuellement adapté au théâtre par Valérie de Dietrich et Vanessa Larré au Théâtre de l’Atelier, à partir du 25 mai prochain. Les comédiennes Anne Azoulay, Marie Denarnaud et Valérie de Dietrich donnent vie au texte fracassant de l’autrice avec justesse et brio. À voir absolument.

King Kong Théorie
À partir du 25 mai 2018, à 21h
Du mardi au samedi
Durée : 1h15 - Déconseillé au moins de 16 ans
​​​​​​TARIF (frais inclus) : Unique à 33€
Vous pouvez également acheter le livre ici.

La WTF Team

Partagez sur les réseaux !

Vous devez être connecté/avoir un compte pour ajouter une réponse !
Créer mon compte Se connecter

Les meilleurs commentaires
Agora29
Merci beaucoup pour cet article nécessaire ! À propos du mouvement #MeToo, je voudrais juste signaler que côté magazines, le mois de mai est très “Women Trend” : À lire dans l’Express n°3488, le dossier sur l’alarmante explosion des violences sexistes dans les écoles françaises. Et dans Le Point n°2385, une enquête sur le nouvel essor des femmes, intitulée “ Les hommes sont-ils dépassés ? ”. Je précise que ce sont mes propres conseils de lecture, pas des PP 😉
Admin LAWTF Team
Bonsoir Agora, Merci pour cette référence. Nous irons y jeter un oeil ! Gros bisous ! La WTF Team ❤️

COMMENTS
Agora29
Merci beaucoup pour cet article nécessaire ! À propos du mouvement #MeToo, je voudrais juste signaler que côté magazines, le mois de mai est très “Women Trend” : À lire dans l’Express n°3488, le dossier sur l’alarmante explosion des violences sexistes dans les écoles françaises. Et dans Le Point n°2385, une enquête sur le nouvel essor des femmes, intitulée “ Les hommes sont-ils dépassés ? ”. Je précise que ce sont mes propres conseils de lecture, pas des PP 😉
Admin LAWTF Team
Bonsoir Agora, Merci pour cette référence. Nous irons y jeter un oeil ! Gros bisous ! La WTF Team ❤️
Jennifer Lbt
je l'ai lu lorsque j'étais ado. effectivement je pense que le relire me ferait du bien et je le verrais de manière différente à l'aube de mes 30 ans