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Johanna Dray, mannequin plus size : "Je ne voulais pas courir toute ma vie après un modèle"

Parce que la beauté n'est pas universelle !

Par Lola Talik  - Illustration : © Ade Adjou / Flammarion

Depuis plus de 20 ans, Johanna Dray est mannequin. "Mannequin grande taille", comme on dit dans le milieu. Nous avons eu la chance de nous entretenir avec elle pour parler beauté, mode et surtout société.

Repérée à l’âge de 21 ans, Johanna Dray est l’une des premières, si ce n’est LA première, mannequin "grande taille" française. Ses atouts ? 1m80, une taille 48, et un visage aussi angélique que charmeur, entre autres.

Pourtant, lorsqu’un photographe l’aborde pour la première fois, il y a de cela plus 20 ans, elle n’en croit pas ses yeux, ou plutôt ses oreilles. "Il m’a demandé si j’étais mannequin. Je me suis dit : ‘qu’est-ce qu’il veut ? Il est dragueur ? Pervers ? Taré ? J’ai éclaté de rire", nous raconte-t-elle. Finalement, Johanna Dray finira par se laisser convaincre, permettant à sa carrière de décoller quelques semaines plus tard ! "Quand j’ai démarré, il n’y avait pas d’agences qui s’occupaient des mannequins ronds. Je bossais en freelance, les attachés de presse se filaient mon numéro. Jusqu’au jour où ça s’est démocratisé". Incroyable mais vrai.

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La Women Trend Family : Aujourd'hui vous avez 43 ans. Quand vous regardez en arrière, et que vous prenez du recul sur votre parcours, que vous dites-vous ?

Johanna Dray : Chez moi il y a toujours de l’étonnement. Je considère que rien n'est acquis. Je suis partagée. J’éprouve comme une forme de satisfaction. Je me dis que les choses que j’ai fait m’ont permis d’aider d’autres personnes, bien qu’au départ ce n’était pas le but recherché. Je m’en suis aperçue à force de recevoir des messages de remerciement, d’hommes et de femmes, qui me parlaient de photos, de livres, ou d’interviews sur lesquelles ils étaient tombés. Ce parcours m’a fait comprendre qu’on a tous un lien les uns avec les autres. D’où l’importance de faire attention à ce qu’on dit. On est tous le modèle de quelqu’un. J’ai le sentiment que ce métier, qui en apparence est superficiel, a pris une autre dimension grâce au fait que je sois ronde.  

La Women Trend Family : Que pensez-vous de l’appellation "plus size" ?

Johanna Dray :  C’est marrant, en anglais tout passe un peu mieux ! En “mode” ça dérange moins. Mais “mannequin grande taille” ça me dérange. C’est une appellation technique. Avant, quand je disais que j’étais mannequin les gens étaient surpris. Je sentais leur désarroi ! Alors je précisais : “je représente les rondes". Et puis parfois je ne le précisais pas. Quelle est la différence ? Je suis mannequin ! Cela étant dit, je crois que, parfois, le fait de préciser le terme “grande taille” ou “ronde” peut avoir un impact positif. Car il permet à d’autres personnes de s’y retrouver. Il faut arrêter de mettre en avant la minceur comme si c’était la clé du succès, quel que soit le domaine ! 

La Women Trend Family : Avez-vous été confrontée aux diktats de la minceur dans le milieu du mannequinat ?

Johanna Dray : Pas vraiment, les choses étaient déjà très claires dès le départ. J’ai été choisie pour mes rondeurs. Si c’est arrivé, c’était très anecdotique. Je me suis mis un point d’honneur à ne pas me moduler au gré des attentes et des besoins des uns et des autres. Que ce soit professionnellement et ou personnellement parlant. J’ai suffisamment eu à me battre ! Plus jeune, j’étais complexée. L’acceptation de soi est rarement innée. C’est très souvent, et malheureusement, un processus compliqué qui se fait parfois dans la douleur et dans les épreuves. Un jour je me suis rendue compte que je ne voulais pas courir toute ma vie après un modèle. Et mon métier m’a un peu aidée, même si ça ne s’est pas fait tout de suite. Ça été comme une thérapie. Je me suis dit que si on venait me chercher pour ce que j’étais, c’est que je n’étais peut-être pas si mal que ça ! Et puis je me suis dit : “non, je vais pas vivre comme ça. Je ne vais pas céder aux diktats de la société ou du business". Parfois, il suffit de laisser cette lumière en vous briller pour que les autres aient envie de venir vers vous. Mais on prend souvent beaucoup temps, trop de temps, à le réaliser !

La Women Trend Family : De plus en plus de marques cessent de retoucher leur mannequin qu’est-ce que cela vous inspire ?

Johanna Dray : C’est hyper positif ! C’est montrer la vérité vraie. La vérité nue. Telle qu’elle est. Après, si la retouche est faite à bon escient, pourquoi pas. Il faut que ceci soit fait en accord avec le mannequin. Il est le premier concerné. S'il a envie qu'un détail qui le met mal à l’aise soit gommé, c’est aussi normal. Mais les dérives sont clairement à dénoncer. C’est hyper choquant parfois de voir comme les mannequins sont changés. Donner une image lissée et parfaite ne fait que complexer les autres. La diversité est importante. La beauté n’est pas unique, il faut briser les normes. La beauté n’est pas universelle ! C’est important de garder de la distance avec les "normes" qui nous sont proposées. Nous ne sommes pas obligés de rentrer dans des moules. Il faut se poser et se dire : "ok, je suis moi, et je suis une valeur ajoutée à ce monde".  

Et si le parcours de Johanna Dray vous intéresse, allez donc jeter un oeil à Taille Mannequin, aux éditions Pygmalion !

Lola Talik

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Les meilleurs commentaires
Secondegré
Super article qui donne de l'espoir pour l'avenir et permet à certaines de décomplexer

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Secondegré
Super article qui donne de l'espoir pour l'avenir et permet à certaines de décomplexer