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Histoire de femmes : Virginia Johnson, celle qui se cache derrière la réussite du premier sexologue

"Recherche assistante"

Par Lola Talik  - Illustration : © Capture écran CBS Sunday Morning

Ils sont considérés comme les pionniers de la sexologie. William Masters et Virginia Johnson ont révolutionné la sexualité de plusieurs générations. Mais tout ceci ne serait peut-être jamais arrivé sans l'aide de cette dernière...

Dans les années 50, dans le Missouri, William Masters, gynécologue de formation, s'interroge sur la sexualité de ses patients qui, souvent, lui font part de leur incapacité à prendre du plaisir pendant leurs rapports sexuels. Pour comprendre l'origine du problème, il décide alors d'étudier les corps, et se met en tête de percer les mystères de l'orgasme, et notamment celui de l'orgasme féminin. 

William Masters et les mystères de l'orgasme

William Masters décide donc d'étudier de véritables parties de jambes en l'air. Pour ce faire, il se rend dans un bordel, se cache dans les placards de certaines chambres, et observe le déroulé des rapports sexuels. Le tout, avec l'accord des prostituées. Il analyse, il s’interroge, et questionne ainsi les femmes sur leurs ressentis. Mais un élément non négligeable vient alors fausser toutes ses analyses : la simulation que ces femmes utilisent pour écourter les rapports sexuels avec leurs partenaires. Masters doit donc trouver une autre solution. 

Il se focalise alors sur l'orgasme féminin. Après plusieurs études, il s'aperçoit que les modifications physiologiques du vagin sont parfaitement similaires que les femmes jouissent par stimulation du clitoris, ou par stimulation du vagin. Eh oui, c’est officiel : les femmes peuvent, elles aussi, jouir seules !

Reste maintenant à comprendre le cheminement du plaisir des hommes et des femmes, lors d'un rapport à deux. Il lui faut donc observer des couples en plein ébat. Et pour cela, il a besoin de volontaires. Et s’il est plutôt à l’aise à l’idée d’aborder des hommes, il l’est beaucoup moins pour ce qui est d’aborder des femmes. Il décide donc de rechercher une assistante.

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"William Masters recherche assistante"

Par le biais d’une petite annonce, Masters tente donc de recruter une femme, pour l'assister. Une certaine Virginia Johnson, ancienne chanteuse qui suit des études de psychologie, se porte volontaire. Le courant passe, et très vite, Masters l’embauche !

Elle n’a aucune compétence médicale, mais qu’importe. Elle se retrouve chargée de recruter, au sein de l’hôpital où évolue Masters, des femmes acceptant de se livrer sur leur sexualité "pour une étude scientifique". Pour y arriver, elle commence par passer, elle aussi, de discrètes petites annonces. Puis, va leur parler directement pour les convaincre… Et ça marche !

Masters & Johnson, et les secrets de la sexualité

Petit à petit, Virginia Johnson est formée à la terminologie médicale, à la thérapie, et à la recherche. D'abord assistante, elle devient finalement le véritable bras droit de Masters. Ensemble, ils mettent au point un certain polygraphe, dont la mission est de mesurer l’excitation sexuelle chez l’humain.

Dix années durant, Masters et Johnson vont observer les évolutions des rythmes cardiaques des volontaires, ainsi que leurs activités cérébrales. La monté de l’excitation sera ainsi chronométrée avec précision. La durée de l’orgasme notée minutieusement. Au total, ils étudieront plus 700 volontaires, et plus de 12 000 orgasmes. Ça en fait du plaisir ! À terme, Masters et Johnson arriveront à une conclusion : la réaction du corps humain face à l’excitation sexuelle est universelle. Ils identifieront 4 phases : l'excitation, le plateau, l'orgasme, et la résolution. Autre conclusion : l’homme ne peut pas enchainer les orgasmes. Mais la femme, si.

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La réponse sexuelle humaine

Le succès de Master et Johnson est tel, qu'en 1964, ils décident d'ouvrir une clinique de thérapie de couple. Une première ! Deux ans plus tard, ils publient le fruit de leurs recherches, à travers une étude nommée "Human sexual response". Ils affirment alors que non, les femmes ne jouissent pas moins que les hommes, et que, oui, elles peuvent jouir seules. Mieux encore, ils assurent également que les femmes n'ont pas qu'un seul "type" d'orgasme, et que la capacité sexuelle n'est pas liée à la taille du pénis, ou à celle du clitoris. Autant vous dire qu'à cette époque, dans une Amérique encore très puritaine, cette étude n'a pas plu à tout le monde !

Après s'être rapprochés d'année en année, en 1971, le binôme se marie. Et en 1974, le couple met au point sa propre institution de recherche indépendante, à Saint Louis, dans le Missouri : la Fondation de Recherche en Biologie Reproductive (renommée Institut Masters et Johnson quatre ans plus tard).

Depuis, Masters et Johnson sont reconnus comme les "pionniers de la sexologie". Ils ont brisé les tabous sur la sexualité, et ont créé la thérapie de couple. Mais tout ça ne serait peut-être jamais arrivé si Virginia Johnson n’avait pas répondu à la petite annonce de William Masters, et si elle n’avait joué un rôle clef dans la réussite de ses projets !

Lola Talik

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