Le message inspirant d'Audrey, mannequin en situation de handicap

"Ce n'est pas parce qu'on a un handicap, qu'on fait moins de choses que les autres"

Lola Talik - 11/12/18 8:00

Tétraplégique incomplète depuis la naissance, Audrey Laporte a été, cette année, l'un des visages phares de la marque Kiabi. Une victoire pleine de sens pour celle qui, comme toutes les jeunes femmes de son âge, s'efforce de vivre sa vie à fond !

Elle s'appelle Audrey Laporte, elle a 25 ans, et un accent qui sent bon le sud-ouest. Traductrice à la recherche d'un emploi, elle est aussi mannequin à ses heures "perdues". D'un point de vue professionnel, cette année 2018 a d'ailleurs été pleine de rebondissements, puisqu'elle a été sélectionnée par Kiabi pour l'une de ses campagnes de prêt-à-porter. Une expérience enrichissante, pour une jeune femme plus qu'inspirante.

Tout acommencé sur les réseaux sociaux

C'est en se baladant sur Facebook, qu'Audrey Laporte est tombée sur le casting ouvert de Kiabi. "L'an dernier, j'avais vu le même genre d'annonce, mais je m'étais inscrite trop tard. Alors cette année, quand je suis tombée sur le casting ouvert de Kiabi, je me suis lancée pour m'amuser", nous explique-t-elle.

"Le casting, ouvert à tous donc, était basé sur un système de votes. Le public votait, et la marque faisait ensuite son choix en tenant compte, si elle le souhaitait, des votes obtenus par les candidats. Et j'en ai obtenu beaucoup ! J'ai été très étonnée par l'engouement qu'a suscité ma candidature, poursuit Audrey Laporte. Et encore plus, quand j'ai vu que Kiabi m'avait finalement sélectionnée ! Parce que les votes, c'était une chose. Mais c'était bel et bien à eux qu'appartenait le choix final, puisqu'ils n'étaient pas forcés d'en tenir compte".

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Une expérience enrichissante

Malgré une légère appréhension à l'idée de se lancer dans cette nouvelle aventure, qui se déroulait à Bruxelles, Audrey Laporte s'est finalement sentie très épanouie. "Au départ, je ne voulais pas m'avouer que je prenais du plaisir à poser pour Kiabi, nous confie-t-elle. Et puis j'ai fini par me rendre à l'évidence : 'j'aimais ça'. J'ai vraiment vécu une très belle expérience. Ils ont su s'adapter à tous mes besoins. Et je crois que c'est important de le souligner".

Mais ce que la jeune femme retient surtout, tout comme nous, c'est cette volonté de faire évoluer les mentalités. "J'étais d'autant plus heureuse de participer, car je me disais que cette campagne pourrait sans aucun doute faire évoluer les mentalités, poursuit-elle. Le milieu de la mode est encore très fermé au handicap. Même si ça évolue, en France il est très rare de voir des personnes en situation de handicap au sein des campagnes de mode"

Une volonté de "faire"

De l'ambition et du courage, Audrey Laporte en a à revendre : "Je fais de la photo depuis mes 18 ans. Au départ, c'était vraiment pour le plaisir. Je crois que c'est très important d'être en accord avec son reflet dans le miroir. Et se trouver belle avec un fauteuil, ça représentait quelque chose pour moi. D'ailleurs, j'ai remarqué qu'au départ, lors de mes premières photos, les gens disaient toujours : 'elle est en fauteuil, mais elle est mignonne'. La plupart des gens regarde d'abord le fauteuil, avant de regarder la femme qui est assise dessus ! Et un jour j'en ai eu marre. Marre qu'on regarde mon handicap plutôt que la femme que je suis."

J'aimerais qu'on cesse de penser que, parce qu'une personne a un handicap, elle ne peut rien faire !

"Il faut que les gens arrêtent de penser que, parce qu'on a un handicap, on fait moins de choses que les autres. Au contraire, j'ai l'impression qu'aller de l'avant représente un tel défi, pour nous, qu'on n'attend pas que les choses tombent du ciel ! On y va ! J'aimerais que les gens osent plus ! Moi aussi, avant, je n'osais pas. Et je suis passée à côté de plein de choses, à cause de ça. Et puis certaines personnes en situation de handicap m'ont inspirée. Alors j'ai osé. Par exemple, j'adore voyager. Et malgré les contraintes, j'ai beaucoup voyagé ! J'aimerais qu'on cesse de penser que, parce qu'une personne a un handicap, elle ne peut rien faire ! Mais pour cela, il faudrait que l'accessibilité soit un thème réellement pris au sérieux. J'en ai assez d'avoir l'impression d'être un parasite et de ne pas avoir ma place dans la société".

J'aimerais profiter de la vie comme n'importe quelle personne

"Le manque d'accessibilité est tel, que nous sommes parfois forcés de nous mettre à l'écart. Parce qu'on en a marre de galérer. Dès que quelqu'un s'empare du problème, ce ne sont que des belles paroles. J'aimerais que les belles promesses qu'on nous fait soient réellement appliquées, afin qu'on puisse tous profiter de la vie comme n'importe quelle personne !"

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La suite ? Audrey Laporte l'envisage pleine d'opportunités. "Je ne me vois pas faire du mannequinat à plein temps. Mais si je peux avoir des missions, ici et là, pour allier l'utile à l'agréable, ce serait un réel plaisir. J'envisage tout à fait que cela puisse être une corde de plus à mon arc !". Et le voyage dans tout ça ? "La dernière fois que je me suis rendue dans une agence de voyage, j'ai réalisé à quel point personne n'était formé aux nouveaux handicaps. Tout un tas de gens sont tout le temps appelés à tester des voyages. Et je trouve dommage que le milieu du voyage n'exploite pas l'aspect du handicap. Pourquoi ne demandent-ils pas aussi aux personnes en situation de handicap de tester leurs séjours ? En tout cas, moi, je serais partante !".

Merci Audrey Laporte, pour cette jolie leçon de persévérance !

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