"Coupable en toute innocence" : le livre choc d'une néo-nazie repentie

Hedi Benneckenstein a grandi parmi les néonazis

Laura Bonnet - 29/10/18 8:00

Heidi Benneckenstein, 26 ans, n’est pas une jeune femme comme les autres. Elle a passé son enfance et son adolescence à Munich, dans une famille néonazie. Aujourd’hui repentie, elle raconte son histoire glaçante à travers son livre Coupable en toute innocence.

"J’ai passé les dix-huit premières années de ma vie avec des nazis. Rien qu’avec eux. J’ai été élevée, façonnée, harcelée, récompensée par eux. Je ne connaissais personne d’autre: mes grands-parents, mon père, les amis de mon père, les enfants avec qui je passais mes vacances, ma première bande, mon premier copain et même l’homme avec qui je suis mariée aujourd’hui – tous étaient nazis. Plus ou moins radicaux, souvent violents, quelquefois déjà condamnés.", raconte Heidi Benneckenstein dans Coupable en toute innocence.

Grandir dans la nostalgie du IIIème Reich

Heidi Benneckenstein a grandi dans une fraternité national-germanique, sorte de "société", dont l’objectif est de former la prochaine génération de nazis. Heidi est donc née et a été élevée sur le même modèle que les jeunesses hitlériennes: "On nous disait que les juifs utilisaient le modèle américain pour dominer le monde. Et j’ai longtemps cru au grand mensonge de cette conspiration cachée", explique-t-elle au micro d’Europe 1.

Mes grands-parents, mon père, les amis de mon père, les enfants avec qui je passais mes vacances, ma première bande, mon premier copain et même l’homme avec qui je suis mariée aujourd’hui – tous étaient nazis.

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Façonner la jeunesse à l'image d'Hitler

Dans le "camp" ou Heidi a grandi, les enfants sont élevés à la dure. Ils n’ont le droit de rien, se lavent à l’eau froide, et sont préparés, et ce dès leur premier souffle, au jour potentiel où les néonazis pourraient reprendre l’Allemagne. Ces enfants ne se mélangent qu’aux familles de "souche", ils apprennent par cœur les théories d’Adolf Hitler, suivent des cours de géographie du IIIème Reich, et confectionnent des croix gammées en pâte à sel. Les adolescents, eux, suivent des entraînements militaires.

La remise en question

Tout commence quand la jeune femme - qui a toujours été façonnée par cette idéologie, rencontre son mari. Ce dernier est plus modéré que sa famille. Elle commence ainsi à s’interroger, et à se poser des questions. Elle emménage dans un quartier cosmopolite de la ville de Munich et découvre une population étrangère avec laquelle elle n’a jamais pu s’entretenir ou même communiquer. À force, Heidi Benneckenstein retrouve son esprit critique. Son livre l’a également aidé à réaliser l’ampleur de ce qu’elle avait pu vivre. Et surtout, à se méfier, définitivement, de cette nouvelle génération de nazis.

Aujourd’hui, Heidi Benneckenstien est éducatrice de jeunes enfants et travaille, telle une lanceuse d’alerte, à faire connaître cette partie de la société allemande afin que le pays réagisse enfin.

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fenrir6584 #4409 - 29/10/18 11:30

Très bel article Il me tarde de lire ce livre

Zébrulon #4410 - 29/10/18 14:59

Encore un témoignage sidérant qui prouve que l'histoire et les douloureuses expériences passées ne servent à rien. C'est à se demander si le devoir de mémoire n'est pas contre-productif puisque certains puisent dans les sources d'inspiration des totalitarismes pour préparer les fléaux de demain. Au lieu d'être solidaires et d'affronter pacifiquement les vrais problèmes d'aujourd'hui tels que le réchauffement climatique, de plus en plus de peuples se réfugient dans la "nostalgie de l'horreur" ou préfèrent élire démocratiquement (comme Hitler en son temps) des leaders populistes avec comme objectif une troisième guerre mondiale… Cela dit, une extinction de masse de l'espèce qui détruit la planète depuis 2 siècles serait après tout une solution efficace pour limiter la production de CO², le tout étant de choisir une méthode systémique (☣ plutôt que ☢)

Nova #4416 - 30/10/18 10:51

Le devoir de mémoire est une bonne chose : les pays qui en ont été privés sont les plus enclins à replonger : Autriche, Brésil et autres, on en voit les conséquences aujourd'hui. Pour mettre en pratique un régime totalitaire, l'imagination ne manque jamais, il suffit d'avoir un pouvoir : l'argent (grâce au soutien des industriels, Opel, Bosch, Schneider, Krupp et autres, par exemple, sans qui Hitler aurait été impuissant) et l'armée. Je rappelle que Hitler a été nommé chancelier par Hindenburg mais n'a jamais été élu démocratiquement (j'insiste sur ce mot) : communistes interdits, répression de toute opposition au nom de l'état d'urgence, votants du parti catholique qui se sont fait cocufiés par l'alliance avec le parti d'Hitler, puis, plus tard, votes "non" du peuple contre Hitler déclarés invalides) : ça n'a rien à voir avec une démocratie. Simplement, après guerre, les pouvoirs exceptionnels prévus dans un "état d'urgence" ont perduré, et ont été dévoyés. C'est pourquoi, l'état d'urgence, en démocratie, présente toujours un danger, dans n'importe quel pays.