"Jane" : le groupe féministe qui aidait les femmes à avorter dans les années 60

Elles bravaient la loi pour venir en aide aux femmes

Laura Bonnet - 20/10/18 12:00

Alors que la Cour suprême voit le retour en force d’une majorité conservatrice, le débat sur l’avortement est, plus que jamais, relancé, aux États-Unis. L’occasion de revenir sur "Jane", ce réseau clandestin qui, dans les années 60, pratiqua des milliers d’avortements illégaux pour venir en aide aux femmes.

Nous sommes dans les années 60, aux États-Unis. L’avortement est encore illégal. Il ne sera légalisé qu’en 1973. À l’époque, peu de solutions s’offrent aux femmes enceintes d’un enfant non désiré: avorter à l’étranger (pour les plus aisées) ou se rendre dans un foyer pour faire adopter l’enfant. La dernière solution ? Avorter en allant voir une "faiseuse d’ange" où cintres, aiguilles à tricoter et bouteilles brisées sont utilisés.

Un groupe clandestin

C’est dans ce contexte qu’intervient "Jane". Ce groupe secret et clandestin est né au début des sixties, à Chicago, comme l’explique le New York Times. Sa mission? Conseiller les femmes enceintes qui ne souhaitent pas garder l’enfant, leur expliquer les différentes options qui s’offrent à elles, et surtout organiser des avortements illégaux. Illégaux certes, mais sûrs. Pour qu'une bonne fois pour toute, la santé de ces femmes ne soit plus mise à mal.

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Nom de code "Jane"

Pourquoi "Jane" ? Tout simplement, parce que c’est un prénom assez répandu à l’époque. Celui-ci sert donc de couverture afin de ne pas trahir les membres du groupe et leurs activités. Aussi, quand une femme souhaitait joindre le groupe secret, il lui suffisait d’appeler un numéro et de laisser un message pour "Jane"... À l’époque, les filles de "Jane" doivent se cacher et être extrêmement prudentes, afin de ne pas se faire arrêter par la police. Heureusement, elles sont ingénieuses. Elles déposent des annonces dans des journaux alternatifs, et laissent des affiches où seul un énigmatique numéro est affiché. Que ce soit dans les rues, les cabines téléphoniques ou les universités, partout se répend ce type de message : "Enceinte ? Besoin d'aide ? Appelez Jane." Les membres de l'équipe avaient même un appartement secret, appelé "la façade", où se pratiquaient tous les avortements.

L’avortement pour toutes

Vous vous en doutez, faire partie de "Jane" était risqué, très risqué. Pourtant, il était hors de question d’abandonner les femmes dans le besoin, même si cela pouvait coûter une place en prison. Le montant des avortements était fixé à 100 dollars. Mais cette somme n'était pas tout le temps respectée. Les meufs de "Jane" acceptaient, finalement, tous les montants, même les plus bas.

Jusqu’en 1973, le groupe clandestin aidera plus de 11000 femmes à avorter, leur apportant soutien physique et psychologique. Une parcelle de l’histoire américaine qui mérite plus de place dans nos livres.

COMMENTS

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sjannoty #4359 - 20/10/18 13:49

ça s appelle vraiment venir en aide aux femmes