Cette expo choc de Bettina Rheims m'a laissée sans voix (pour une fois)

La talentueuse Bettina Rheims nous dépeint l’univers carcéral féminin. Et forcément, c’est saisissant.

Énora Malagré - 10/04/18 14:14

Une fois de plus, la photographe Bettina Rheims nous surprend et nous emmène hors de notre zone de confort le temps d’une exposition unique aux portes de Paris.

Au milieu du château de Vincennes, aux portes de Paris, se dressent des portraits de détenues. La grande et talentueuse photographe Française Bettina Rheims s’interroge sur un dialogue possible entre l'art et le monde carcéral, mais aussi sur la construction et la représentation de la féminité dans un espace fermé. Pour ma part, ce dialogue est profond et beau, nourri par ce lieu investi par les fantômes des geôles du château.

« Détenues », Niniovitch II, novembre 2014, Roanne © Bettina Rheims

Mais je ne m’attendais pas à mieux, venant de Bettina Rheims. Cette icône, qui a photographié Madonna, Catherine Deneuve, Barbara, Asia Argento en passant par Jacques Chirac a tiré le portrait de 60 femmes incarcérées. 60 femmes authentiques, enfermées dans 4 prisons de France. 60 femmes qui ont une histoire, un vécu, et qui vous la racontent avec leurs yeux, le reflet de leur âme. Elles ne me parlent pas, et pourtant, au fond, je sais. Je ne suis pas à leur place, mais j’essaie de m’y mettre, autant que je peux.Pour compléter l’expérience et en apprendre davantage sur ces femmes emprisonnées, vous pouvez également vous procurer l’ouvrage Détenues, proposé également par Bettina Rheims et édité chez Gallimard. Le texte, écrit par Nadejie Laneyrie Dagen, nous offre un regard nouveau sur celles qui vivent derrière les barreaux froids d’une prison.

Des conditions de détention extrêmement compliquées.

En France, les conditions de détention des femmes sont extrêmement compliquées, pour la simple et bonne raison qu’elles ont – encore une fois – été oubliées. Interrogée par le média 20 Minutes, Bettina Rheims confie qu’elle avait écrit une lettre à l’administration pénitentiaire afin de démarrer son futur projet. Une lettre bien accueillie par la directrice de l’établissement.

« Détenues », Vaiata, novembre 2014, Rennes © Bettina Rheims

Après avoir expliqué son projet photographique aux femmes incarcérées et écouté leurs demandes, 65 volontaires avaient finalement signé un contrat pour apparaître sur les clichés.

Sur les photos, il n’y a pas de barreaux, il n’y a pas l’ambiance glaçante d’une prison, telle qu’on se l’imagine. Non, il n’y a rien de tout ça. Toujours à 20 Minutes, la photographe poursuit:

«On n’a pas l’habitude de voir les détenues à visage découvert. Les gens n’ont pas envie de penser qu’une femme peut être une criminelle. Elles sont mises à l’écart dans la société et l’objectif était de les montrer, de les rendre ordinaires en les photographiant sur un fond blanc.»

D’ailleurs, pour accompagner votre expérience, je vous invite à lire cet article très intéressant de Rozenn Le Carboulec pour Buzzfeed sur le calvaire et les discriminations que subissent les femmes en prison.

« Détenues », Eve Schmit II, novembre 2014, Roanne © Bettina Rheims

Et maintenant, allez-y. Confrontez-vous à leurs regards, à leurs postures, à leur émotion, à leur révolte latente. Si vous êtes maman, emmenez vos filles, c'est un moment qui peut être très fort à partager. Une très grande expo pour moi!Si vous ne pouvez pas y aller, sachez que le Centre des monuments nationaux produit cette exposition en ouvrant à la visite le château de Cadillac, en Gironde, du 1erjuin au 4novembre prochain!

Exposition photo «Détenues» de Bettina RheimsAu château de Vincennes du 9février au 30avril 2018Tarif: 9€ / 7€et au château de Cadillac du 1erjuin au 4novembre 2018Tarif: 5€ / 6€

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kristoch #364 - 25/04/18 9:02

La première image d'illustration est si forte avec cette black aux larmes qui parait pourtant si forte au premier regard! Elles ont une souffrance que n'ont pas les hommes, au delà si je peux oser dire, des "règles" à suivre, c'est pour celles qui sont mères et séparées de leurs bébés, gosses, enfants qui doivent grandir sans leurs mamans...

Vanessa Voet #366 - 25/04/18 9:29

Voir les clichés me fait penser au générique de Orange is the new black avec ces regards tellement expressifs. Je pense que les clichés en noir et blanc auraient apporté un caractère plus brut et mise à nue de ces femmes.