Grace Ly : "la petite banane" qui lutte contre les clichés sur les Asiatiques

Des cheveux comme des baguettes, et alors ?

La WTF Team - 24/07/18 9:30

On l’appelle “la petite banane”. Française d’origine chinoise, Grace Ly combat depuis plusieurs années les clichés sur les Asiatiques. À l’occasion de la sortie de son tout premier livre, la Women Trend Family l’a rencontrée pour parler stéréotypes, identité et féminisme.

Manger du saucisson avec des baguettes ou tremper son croissant dans une soupe de raviolis? Aucun problème pour Grace Ly. Comme elle le dit si bien, non sans ironie, "c’est le concept terroir x canard laqué".

À 37 ans, celle qui se décrit comme étant "jaune à l'extérieur et blanche à l'intérieur", envoie bouler depuis plusieurs années les clichés sur les Asiatiques. D’abord avec son blog, lapetitebanane, puis avec sa web-série, Ça reste entre nous, et dernièrement avec la sortie de son tout premier bouquin, Jeune fille modèle, qui sortira au mois d’octobre chez Fayard. La Women Trend Family s'est entretenue avec elle:

La Women Trend Family : Votre blog parle de nourriture, pourquoi avoir choisi ce thème ?

Grace Ly: Mes parents, Chinois du Cambodge, ont toujours partagé avec moi les goûts de leur enfance. La nourriture est très importante pour les personnes immigrées. On ne peut pas rentrer chez soi, mais on peut retrouver le goût des souvenirs. Retrouver les saveurs du passé. Et je voulais avant tout partager les adresses où mes parents m’emmenaient lorsque j’étais plus jeune. Sur Internet, il m’est souvent arrivé de lire des critiques très négatives sur de très bons restaurants. J’ai voulu leur rendre honneur. L’idée du blog était de créer un lien avec la culture asiatique. J’ai décidé de proposer un plat phare pour chaque restaurant. Manger, c’est très important. C’est quand même quelque chose que l’on fait trois fois par jour!

J’ai mis du temps à détricoter tous les stéréotypes, à prendre du recul sur la personne que j’étais

Dans la culture asiatique comme dans la culture française, tous les sujets importants sont abordés autour d’un repas. La nourriture est aussi un prétexte pour aborder des sujets qui nous touchent. Et c’est ce que j’ai voulu faire avec ma web-série: se rassembler autour de ces menus de réjouissances et aborder des sujets moins futiles que “passe-moi le sel”. C’était important de commencer par les clichés sur la femme asiatique. J’en ai beaucoup souffert, et j’ai mis du temps à détricoter tous les stéréotypes, à prendre du recul sur la personne que j’étais. Alors j’ai voulu partager mon analyse. Comment un cliché vous affecte-t-il? Et comment pouvez-vous être un cliché sans que cela vous affecte? Oui, j’ai les cheveux comme des baguettes et des yeux en amandes, mais pas que!

Quant au livre, il s’inscrit dans la continuation de ce travail. Quand j’étais petite, j’étais très affectée par le manque de représentation de la femme asiatique. Je n’avais pas de modèle dans ma sphère culturelle. Alors j’ai voulu écrire ce livre à la petite fille, ou plutôt grande ado que j’étais. J’aurais aimé, petite, avoir une héroïne qui me ressemble. À défaut de l’avoir lu, je l’ai écrit.

La Women Trend Family : Ces projets vous ont-ils aidée à vous détacher de ce qui, plus jeune, a pu vous blesser ?

Grace Ly : Clairement! Tout ça, ça m’a aidée. Il y a quand même une expérience un peu cathartique. En fait, je crois que c’était un prétexte pour me dire “allez, on se prend en main, on y va! On s’attaque à ces choses qui te pèsent et on brise ce plafond que tu t’es posé”. C’est comme un empowerment personnel.

La Women Trend Family : Avez-vous l’impression d’avoir aidé d’autres gens ?

Grace Ly: Peut-être. Moi quand je regarde les parcours de certaines femmes, ça m’inspire. Je ne cesse de me nourrir de tout ce que font ces femmes qui sortent de leur zone de confort. Alors j’espère que le fait d’avoir fait quelque chose de mes mains pourra être une source d’inspiration pour d’autres.

Beaucoup de féministes m’ont tendu la main après le premier épisode de Ça reste entre nous. De nombreuses personnes m'ont dit qu’elles se retrouvaient dans les sujets qu’on abordait, alors qu’elles n’étaient pas asiatiques. On parle de race, mais aussi de genre. Je me dis que finalement ce n’est pas aussi particulier que ça, c’est aussi universel : l’image des femmes, des hommes, le couple, les parents, les enfants…

La Women Trend Family : Vous parlez de clichés positifs et de clichés négatifs. Quel regard portez-vous sur les clichés ?

Grace Ly: La raison pour laquelle le racisme anti-asiatique est encore minimisé dans la sphère médiatique et même auprès du grand public, c’est parce que l’on pense que la nature des clichés n’est pas très grave. Dire que “vous travaillez dur”, est considéré comme un cliché positif. Comme dire que “vous avez de l’argent”, ou que “vous êtes une femme désirée”. Mais finalement, être désirée pour ce que nous ne sommes pas, c’est pas agréable! Tout ça, ça reste des stéréotypes. Et ça peut porter préjudice à des gens. Même si on pense qu’un cliché est positif, ça reste une case.

La Women Trend Family : Quels sujets abordez-vous dans Jeune fille modèle ?

Grace Ly: Le livre met en lumière une fille asiatique qui grandit à Chinatown. Elle vit dans un cliché: sa mère a un restau chinois, elle fête le nouvel an… On la regarde se construire avec ses références culturelles et celles des autres. Mais aussi avec la manière dont elle se perçoit et dont les autres la perçoivent. La double identité, la culture et le cheminement personnel sont les grands sujets qu’aborde le livre.

Son livre,Jeune fille modèle !, sort le 17 octobre. On a hâte !

COMMENTS

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mya #3274 - 24/07/18 9:48

C'est clair que lorsqu'on était enfant, à part dans la bd Cedric, la femme asiatique n'était pas du tout représentée.

Secondegré #3276 - 24/07/18 11:11

Grace Ly a entièrement raison : les clichés positifs n'existent pas ! ils vous enferment dans une catégorie et il est mal perçu de vouloir y échapper. Moi par exemple, avec mon pseudo en voie d'extinction, tout le monde pense que j'ai le sens de l'humour et que mes commentaires ne sont pas sérieux… et bien ce n'est pas toujours le cas, la preuve !

raphaelle #3281 - 24/07/18 16:32

Est ce que l’on est obligé d’avoir un modèle ou être représenté pour bien grandir et ne pas « sois disant » mal le vivre. Je suis asiatique et j’ai passé toute ma scolarité en école catho ou j’étais la seule asiate. Tout s’est bien passé. Pourquoi toujours mal prendre les propos des autres et se victimiser. Quand on me dit j’aime le canard laqué ok c’est très bien je répond moi aussi.