Au Nigéria, ces femmes sont nourries à condition d'être violées par les forces armées

Amnesty International tire la sonnette d'alarme

La WTF Team - 09/06/18 17:00

Dans son rapport publié le 24 mai dernier, Amnesty International révèle les conditions dans lesquelles vivent les femmes au sein des camps de réfugiés au nord-est du Nigéria. Une violation sans limite du droit international humanitaire.

“Il est choquant de voir que des personnes ayant déjà enduré tant de souffrances sous le joug de Boko Haram soient condamnées à subir de nouvelles atteintes aux droits humains commises par l’armée nigériane”. Ces mots, prononcés par Osai Ojigho, directrice d’Amnesty International Nigeria, résument on ne peut mieux ce qui se passe actuellement au nord-est du pays.

Violées pour survivre

Depuis 2015, l’armée Nigériane a repris le contrôle des territoires anciennement occupés par le groupe terroriste Boko Haram. Depuis, hommes et femmes ont été placés séparément dans des camps annexes où ils sont censés être protégés par l’armée. Mais il n’en est rien.

Pour son rapport, judicieusement nommé “They betrayed us” (“Ils nous ont trahi”), Amnesty International a récolté les témoignages de près de 250 personnes - dont plus de 200 femmes - sur la période de juin 2016 à avril 2018. Dans ce rapport, qui s’intéresse aux camps de réfugiés de sept villes de l’État de Borno, dont Bama, Banki, Rann et Dikwa, l’ONGI dénonce les violences perpétrées par l’armée nigériane et la Force d’intervention conjointe civile (CJTF) à l’égard des hommes mais aussi (et surtout) des femmes réfugiées.

Chaque jour, des habitants perdent la vie au sein de ces camps par manque de soins, d’eau et de nourriture. “Parce qu’il n’y avait pas de nourriture, les gens ont commencé à mourir, 20 à 30 par jour. J’ai perdu ma mère, mon père, mon frère, ma tante et une de mes filles. Trois autres de mes enfants sont également tombés malade à cause de la malnutrition” confie Judam*, 30 ans, sur les conditions du camp de l’hôpital de Bama."

“Les gens meurent. Il y a des enterrements tout le temps. Je me dis qu’un jour ce sera le mien” déclare quant à elle Yanna*, arrivée dans le camp de Fulatari à la fin de l’année 2017.

© Amnesty International

Et l’horreur ne s’arrête pas là. Comme le souligne l’ONGI, de nombreuses femmes et de nombreuses filles sont régulièrement violées par les forces armées, “parfois en échange de nourriture”. Pour leur survie, celles de leurs enfants, par peur ou par la force, ces femmes sont alors violentées et abusées sexuellement.

“Il y avait un jeune garçon, c’était un CJTF. Il est venu avec de l’argent et m’a dit qu’il me le donnerait si j’acceptais d’avoir des relations sexuelles avec lui. Il m’a dit de regarder mes voisins, qu’il faisait la même chose avec eux et qu’ils pouvaient avoir un abris” confie Hauwa*, 30 ans. Refusant les avances du soldat, Hauwa a donc été battue. “Quelques semaines plus tard, il est revenu me chercher. Il m’a violée. Je suis tombée malade car je n’avais pas de nourriture. Il m’a dit que si j’avais accepté ses avances rien de tout cela ne serait arrivé et que je n’aurais pas besoin de lutter pour la nourriture” continue-t-elle enfin.

Des faits hélas bien courants pour les femmes et les jeunes filles vivant au sein des camps. “Ils nous donnaient de la nourriture, mais le soir, entre 17 et 18 heures ils revenaient nous chercher” explique Ama*, 20 ans. “Un soldat de la CJFT m’a donné de la nourriture. Le lendemain il m’a dit d’aller chercher de l’eau chez lui. Il a alors refermé la toile de la tente derrière moi et m’a violée” ajoute-t-elle.

©Amnesty International

Des crimes assumés en toute impunité

On pourrait croire que ces violences ont lieu à l’abris des regards, mais non. Il s’agit là d’un système totalement assumé au sein des forces armées. Comme l’ont expliqué de nombreuses femmes à Amnesty International, “les hommes de la CJTF cherchent toujours des jeunes filles. Ils viennent les choisir, puis les emmènent aux soldats”.

Depuis 2015, nombreuses ont été les ONG et associations à signaler ce qui se passe dans ces camps. L’an passé, Yemi Osinbajo, vice-président Nigerien, a mis en place une commission d’enquête afin de vérifier si les obligations en matière de droits étaient respectées par l’armée. Des femmes ont été appelées à témoigner, et en février dernier, la commission a remis son rapport au président Muhammad BuharI. Mais depuis, aucune mesure n’a été prise par la justice pour mettre fin à ces atrocités desquelles se défendent d’ailleurs les principaux intéressés.

Pour Osai Ojigho, il est grand temps que le président Buhari concrétise son engagement envers la protection des droits des réfugiés du nord-est du Nigeria. “Le seul moyen de faire cesser ces graves violations est de mettre fin au climat d’impunité dans la région et de veiller à ce que personne ne puisse se rendre coupable de viol ou de meurtre sans être puni” a-t-elle déclaré.

*les prénoms ont été changés.

Lola Talik.

COMMENTS

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Nana01 #2279 - 09/06/18 17:06

Je n’ai même pas les mots pour parler d’une telle horreur. On se plein de notre pays mais ouvrons les yeux il y a pire ailleurs!! Merci à la team WTF

Betty Chartrain #2280 - 09/06/18 17:19

J’ai pas de mot!!! Ah si un seul : HORRIBLE !!!!

Kelly Tabary #2281 - 09/06/18 17:38

Épouvantable ! Courage à ces femmes

simpleman4704 #2282 - 09/06/18 17:40

c juste abject et aberrant ces personnes sont censées être en sécurité dans ces camps ors il n'en est rien, il serait qu'on fasse pression afin que cela soit en effet le cas malheureusement désormais le viol est une arme de guerre

dodoleseum #2283 - 09/06/18 17:41

Effrayant ..

Maaaaaaaaanon_ #2284 - 09/06/18 18:26

Bon sang, mais c'est vraiment horrible… J'aimerais tellement que toutes ces atrocités dans le monde finissent par cesser. Tout cela est inhumain, et réellement choquant. Cependant, nous n'en parlons pas assez, alors merci à vous pour cet article, et partageons le en masse.

Maaaaaaaaanon_ #2285 - 09/06/18 18:26

Bon sang, mais c'est vraiment horrible… J'aimerais tellement que toutes ces atrocités dans le monde finissent par cesser. Tout cela est inhumain, et réellement choquant. Cependant, nous n'en parlons pas assez, alors merci à vous pour cet article, et partageons le en masse.

jesa62 #2286 - 09/06/18 18:37

😡😡😡inimaginable encore à notre époque... triste, horrifiée pas de mots

kristoch #2289 - 09/06/18 19:40

il y a un véritable problème de hiérarchie de l'information en particulier en France mais pas que: on est capable de nous saouler avec certaines choses, en y revenant sans cesse pour provoquer du racisme comme de l'antisémitisme, d'endroits régis par des organismes parfois terroristes donc il y a propagande et instrumentalisation, en particulier des enfants... et par contre on passe sous silence des choses très graves, parfois bien plus graves qui se passent en horreurs comme ce sur quoi vous levez le voile! il y a des conflits et violences dont on entend jamais parler, peu ou pas et d'autres qui reviennent sans cesse: d'un côté c'est trop nous anesthésiant et de l'autre c'est pour le moins pas assez surtout quand c'est pas du tout!!! CQFD

Sarah Kurek #2303 - 10/06/18 12:28

C'est une horreur, certes on se plaint en France mais je ne voudrais pas être à leur place que peut on faire...