Parce qu’elles ont trop de testostérone, ces sportives internationales sont interdites de sport !

Ce que vous allez lire ci-dessous est édifiant.

Lola Talik - 29/05/18 12:00

Le 26 avril dernier, la Fédération Internationale d’athlétisme annonçait que les femmes produisant plus de testostérone que la moyenne devront désormais se soumettre à un traitement médical visant à abaisser ce taux pour participer aux compétitions. Ou quand l’injustice n’est pas toujours là où on l’attend.

Depuis la nuit des temps, hommes et femmes ont toujours été mis dans des cases bien séparées. Un clivage duquel découlent des différences de perception, des différences de traitement, justifiées ou non. Une réalité à laquelle n’échappe pas le domaine sportif, où hommes et femmes concourent généralement séparément. Et ce, par souci d’équité.

Et c’est justement cette question d’équité qui est aujourd’hui au cœur des débats. Depuis le mois d’avril, la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) a décidé de renforcer davantage ses règles d'éligibilité aux compétitions féminines, et s’est par la même occasion octroyé le droit de définir ce qu’est une “femme”, une vraie.

Une hormone qui dérange

Pour rappel, sont qualifiées d’hyperandrogynes les femmes qui produisent naturellement un taux de testostérone plus élevé que la moyenne féminine. Une particularité que l’on retrouve davantage chez les sportives de haut niveau (mais pas que) et qui aujourd’hui encore dérange certaines instances sportives.

L’athlète indienne Dutee Chand en a d’ailleurs fait les frais en 2014, où elle a reçu l’interdiction de participer aux Jeux du Commonwealth par le Comité Olympique International (CIO). En cause ? Sa capacité à produire naturellement un taux de testostérone supérieur à la moyenne et qui, selon l’IAAF et le CIO, lui conférait alors un avantage inéquitable par rapport aux autres concurrentes. Si elle voulait participer, Chand devait donc se soumettre à un traitement hormonal artificiel destiné à faire baisser son taux de testostérone à un taux considéré comme “normal” pour une femme. Une certaine définition de la “normalité” et de la “femme” dont seule l’IAAF a le monopole il faut croire. Une condition à laquelle l’athlète a naturellement refusé de se soumettre en faisant appel au tribunal qui a finalement donné raison à Dutee Chand, “car le sexe des êtres humains ne peut être défini de façon binaire, parce que la nature n’est pas proprement ordonnée et parce qu’il n’y a pas un seul déterminant du sexe”. L’IAAF, quant à elle, avait pour devoir de prouver scientifiquement dans un délai de deux ans son hypothèse selon laquelle la testostérone est en mesure d’avantager les athlètes qui en produisent plus que la moyenne.

Hélas, “l’affaire Dutee Chand” n’est pas un cas isolé. Caster Semenya, athlète sud-africaine spécialiste du 800 m et championne olympique, s’est elle aussi retrouvée au centre des débats à cause de son hyperandrogénie. En 2009, lorsqu’elle devient championne du monde, ses résultats sont si bons qu’elle est instantanément suspectée d’avoir triché ou pire : d’être un homme.

Car oui, on qualifiera de “surhomme” un homme plus fort que la moyenne, mais on qualifiera d’homme une femme plus forte que la moyenne. Les “surfemmes”, elles, n’ont pas leur place dans la société. Si une femme est “trop” forte, c’est qu’il y a forcément quelque chose qui cloche !

Un test “de genre” a donc été réalisé à l’insu de Semenya. Et parce qu’à cause de son hyperandrogénie elle n’est désormais plus considérée comme une “vraie femme”, elle s'est retrouvée interdite de compétition, à moins de prendre un traitement hormonal. Heureusement, grâce à la décision prise par le tribunal pour le cas de Dutee Chand, Semenya a finalement réobtenu le droit de participer aux compétitions. Et en 2016, lors des Jeux Olympiques, elle a remporté le 800 m et s'est, de nouveau, retrouvée au cœur des polémiques. Notons que lors de ces mêmes JO, Dutee Chand, elle, n’avait remporté aucune médaille. Preuve que ce fameux taux de testostérone n’est en aucun déterminant dans la réussite.

Et même s’il l’était, ainsi va la vie. Certains naissent avec des avantages, d’autres non, c’est comme ça. Certains sont grands, d’autres plus petits. Certains ont une bonne vue, d’autres moins. Certains naissent avec de meilleures capacités physiques, d’autres non. Et les compétitions du milieu sportif sont de toute façon dépourvues d’égalité puisque seule y règne la loi du plus fort.

Bref, l’étude de l’IAAF a finalement vu le jour en 2017 et elle est aberrante. En somme, cette étude - pas du tout objective donc - stipule qu’un taux de testostérone élevé confère des avantages pour le lancer de marteau mais aussi, plus légèrement, pour le saut à la perche et le demi-fond. Le sprint, contre toute attente, n’est donc pas concerné. Selon les experts, la testostérone permettrait en effet d’être plus agile et plus adroit. Des corrélations ont également été constatées sur des épreuves comme le 400 m, le 800 m et le 400 m haies.

Pour Pierre-Jean Vazel, entraîneur réputé d’athlétisme, “tout cela est absurde”. “L’agilité et l’adresse ne sont d’aucune utilité pour le 400 ou le 800 m. Il y a des doutes sur cette étude, car elle inclut forcément des athlètes dopées. On sait qu’à cette période les Russes notamment étaient très fortes sur 400 et 800 m. La réglementation va d’ailleurs du 400 m au mile. Cela donne le sentiment de cibler Semenya qui a d’ailleurs annoncé qu’elle pourrait monter sur 5 000 et 10 000 m pour pouvoir continuer à participer à des compétitions” explique-t-il au Monde.

Un règlement plus strict

Au vu des résultats de son étude, l’IAAF a donc décidé, dans le plus grand des calmes, de durcir son règlement en revoyant à la hausse ses règles d'éligibilité à la compétition féminine. Alors qu’avant, une femme était considérée comme telle avec un taux de testostérone ne dépassant pas 10 nanomoles par litre de sang, elle est aujourd’hui considérée comme étant une “femme” à proprement parler si celui-ci ne dépasse pas 5 nanomoles par litre de sang. Voilà, en un claquement de doigts certaines femmes qui étaient jusqu’à présent considérées comme des “femmes” ne le sont plus. Sans parler de toutes celles qui ont toujours dépassé les 10 nanomoles et qui n’ont donc jamais été considérées comme telles.

Cela étant, les résultats des athlètes ne collant toujours pas véritablement à son hypothèse, l’IAAF a été forcée de constater que la testostérone ne fait pas tout. Du coup, il a été décidé que ces nouvelles règles ne s’appliqueraient qu’aux courses de 400 m et mile. Ainsi, dès le 1er novembre 2018, pour participer aux compétitions, les athlètes ne rentrant pas dans la nouvelle “norme” définie devront donc prendre des traitements hormonaux artificiels pour coller à l’image que l’IAAF se fait de la “femme”. Et ce n’est pas tout ! Pour ranger dans une case les femmes qui ont désormais un taux de testostérone supérieur à la norme (5 nanomoles par litre de sang donc), la Fédération a eu la super idée de créer une toute nouvelle catégorie. Une catégorie inédite, pour ce qui s’apparente ainsi à un “troisième sexe”. De mieux en mieux.

Pourtant chez les hommes, la présence d’un taux de testostérone élevé n’a semble-t-il jamais été perçue comme un critère inéquitable, mais simplement comme une force. Un homme qui a “beaucoup” de testostérone est fort, alors qu’une femme qui en a “beaucoup”, voire “trop”, est… est quoi en fait ? Ah, oui c’est vrai. On ne sait pas.

Les femmes et la testostérone

Bien que la testostérone soit qualifiée d’hormone androgène, ou mâle, toutes les femmes en produisent. Chez l’homme, elle est produite par les testicules et les deux glandes surrénales, et chez les femmes, par les glandes surrénales et les ovaires. Essentielle à l’organisme, la testostérone intervient dans le développement musculaire et osseux, de la pilosité dès la puberté, mais aussi celui de la mémoire, du cœur et la libido. Puis, dès la ménopause, sa production diminue. C’est pourquoi, limiter sa production représente un risque important de ménopause précoce.

Une femme produit en moyenne entre 0,5 et 3,1 nmol/L de sang, et un homme entre 1,7 et 30 nmol/L de sang. Les femmes hyperandrogynes disposent quant à elles d’un taux de testostérone équivalent, voire supérieur, au taux moyen masculin. Mais comble de l’ironie, les femmes hyperandrogynes sont aussi très souvent celles qui sont le plus insensibles à la testostérone, et qui n’en tirent par conséquent aucun avantage.

Entre éthique et équité

Malgré tout, ce que cherche à prouver l’IAAF, c’est que l’excès de testostérone conférerait aux femmes hyperandrogynes les mêmes avantages qu’un produit dopant. Car étant donné que la testostérone participe à l’augmentation de la masse musculaire, cela en fait, avec les produits de la même famille que les stéroïdes, le produit le plus dopant utilisé en athlétisme.

Entre 1970 et 1980, près de 10 000 sportifs ont été dopés en République démocratique allemande, améliorant ainsi leurs performances de 9 à 10%. Ce qui correspond précisément à la différence de performance entre les hommes et les femmes dans les courses. L’étude de l’IAAF a donc cherché à prouver que l’hyperandrogènie permet aux femmes d’améliorer leurs performances de 10%. Pour ce faire, quatre athlètes ont accepté de se faire opérer car les experts leur avaient promis que leurs performances baisseraient mais que cela ne les empêcherait pas de rester parmi les meilleures. Et non seulement cette promesse n’a pas été tenue, mais en plus, ces athlètes souffrent aujourd’hui d’une ménopause précoce ayant des conséquences irréversibles sur leur fertilité. Qui plus est, les résultats de cette “expérience” n’ont absolument pas validé l’hypothèse de l’IAAF puisque les experts ont seulement réussi à prouver que l’excès de testostérone présent chez les femmes améliore leurs performances de 4 à 5%.

Mais le vrai problème, c’est qu’aucune instance sportive ne devrait avoir le droit de mettre son nez dans l’intimité de ses athlètes.

Malgré tout, la Fédération assure “qu’il n’y a aucun jugement ni remise en question de l’identité sexuelle ou de genre d’une athlète, quelle qu’elle soit” et “qu’il est essentiel de respecter et de préserver la dignité et la vie privée des athlètes présentant une DDS (différence de développement sexuel)".

Pour Pierre-Jean Vazel, il s’agit là du “plus gros scandale de l’histoire du sport”. “On essaie d’imposer un contrôle sur le corps des femmes. Ce n’est pas nouveau. Dès que les femmes ont voulu faire du sport, on a contrôlé les épreuves qu’elles étaient autorisées à pratiquer, on a scruté leur corps, on a contrôlé leurs organes génitaux. Finalement, toutes les femmes sont perdantes” confie-t-il également au Monde.

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0634 #1847 - 29/05/18 12:05

Tout à fait d’accord. Dur dur d’être une femme... Mais une telle mesure empêche aussi les dérives où l’on ne sélectionne plus que des femmes hyper androgynes car plus compétitives... ( comme en Russie...) ...

kristoch #1848 - 29/05/18 12:06

Sans aller jusqu'à ce tennisman devenu femme et évidemment interdit de tournois féminins: les autres n'y faisant pas le poids (de masse musculaire en particulier, force brute, vitesse de balle et service, etc...) on peut dire que cela pose problème en effet: quand on voit les "monstres" sportives/fs en particulier de l'ex Europe de l'Est qui n'otn absolument plus rien de féminin et dont certaines font peur aux sportifs pourtant costauds eux mêmes!!! il ne faut quand même pas exagérer! La femme n'a pas à vouloir être l'égale de l'homme, elle peut être supérieure mais de toute façon est avant tout différente et heureusement!!! CQFD

Cécile Willow Landes #1850 - 29/05/18 12:54

Merci beaucoup pour cet article, si bien documenté, qui me fait tomber des nues ! Je sais que la société dans laquelle nous vivons n’est pas équitable pour les femmes. Mais alors là, on touche le fond !

sarahnico26 #1857 - 29/05/18 13:25

C'est quand même hallucinant ce type de réaction. ce sont des femmes. point. Et on en parle plus. de la à les qualifier d'homme je suis choquée. atteinte du syndrome d ovaires polykystiques avec un taux de testostérone + il m'est impossible de m'identifier comme "homme" car jai un taux élevé d hormones "males" après est ce une histoire de "sous" et de "victoires" ? les autres équipes et pays ont du être a l'origine de cette histoire... honteux... qu'est ce qu'on fait alors de ces sportives qui vivent leurs passions ? on les fait courir avec les hommes ?

simpleman4704 #1860 - 29/05/18 14:55

c juste aberrant de lire un tel article merci de l'avoir mis en ligne je viens d'apprendre plein de choses mais il est vrai que le sport c pas ma came mais je suis outré que l'on mette fin a la carrière d'une femme a cause d'un taux de testostérone trop élevé, et comme vous le dites il peut exister des super homme mais pas de super femme c dingue; dans quel siècle vie la fédération pour imposer de telles mesures ? j'espère que c mesures vont être dénoncées et annulées

Ludi Ledoux #1864 - 29/05/18 17:07

je trouve cela choquant même aberrant de réduire la femme elle justifiant par une hormone. où va t'on aller pour renforcer le faire que nous sommes tous différents ce qui n'est pas un défaut et non un avantage dans le domaine sportif. je suis choquée que cela existe encore de nos jours

Joanna Pedergnana #1871 - 29/05/18 18:23

Merci beaucoup pour cette article ! Je n’était pas du tous au courant ! Je suis choquée et outrée de cette situation !!! Comment cela est t’il possible ? Comment cela peut il arriver ? Je ne comprend vraiment rien au monde dans lequel nous vivons !

melya33 #1938 - 30/05/18 16:08

🤢 moi ça me donne la gerbe autant d inégalités et de machisme comme vous l avez bien mentionné " un homme au dessus de la normal c est un surhomme et une femme au dessus de la normale ne peut être ... qu un homme ..?wtf?!

Mohamed Tarek #1984 - 31/05/18 11:41

je suis pas du tout d'accord avec cet article et souhaite qu'il soit mis en place une troisième catégorie car il y a des athlètes féminin en l'occurrence qui n'ont pas à être dans la catégorie femme.