Énora malgré moi : "Va falloir qu'on parle de cette tannée d'avoir ses règles !"

Parce qu'avoir ses règles, ce n'est pas comme si on avait contracté la peste noire, bordel !

Énora Malagré - 28/05/18 17:00

Voilà. C’est un cri du cœur, j’en ai ras le bol d’avoir mes règles! Pas vous?

Aujourd'hui, c'est la journée mondiale de l'hygiène menstruelle. Et depuis le premier jour, ça me saoule, cette histoire. Je les ai eus à 16 ans, en plein cours d’Histoire avec Madame Roger (meilleure prof d’Histoire au monde). J’avais un pantalon blanc, en plus: la honte ultime! Toute la classe s’est moquée de moi. Le chemin pour rentrer chez moi ne m’a jamais paru aussi long. Quand je suis arrivée, j’ai couru vers ma mère en lui montrant mon pantalon, les larmes aux yeux. Sa réaction? Elle m’en a collé deux! Deux gifles, un aller-retour, en me disant que «j’aurais bonne mine toute ma vie». Tu parles d’une tradition. Et puis, évidemment, le soir, toute fière, elle en parle à mon père. L’ultime «gênance». Il vient vers moi, un peu ému: « Alors, ma petite fille est une femmemaintenant ?» MAIS TAIS-TOI PAPA! Bref, je cours dans ma chambre et je n’en suis sortie que le lendemain.

© Giphy

Et encore, je ne me plains pas. Je pense à toutes mes copines qui n’avaient pas ma chance. Celle de pouvoir communiquer avec leurs parents. Mes copines, pour qui avoir les règles constituait le plus grand des tabous, qui se sentaient "sales" et qui n’avaient personne à qui parler. Ma copine Julie a cru qu’elle faisait une hémorragie et qu’elle allait mourir. Ma copine Fatou, qui n’osait pas en parler dans sa famille, ni acheter des serviettes ou des tampons, se mettait des tonnes de PQ dans la culotte. Je suis sûre que vous avez toutes mille histoires à nous raconter là-dessus.

Et puis, ça fait très mal, un peu partout dans le corps. Et aussi, il ne faut pas se plaindre, car personne ne comprend. Bref.

Quand on prend de l’âge, on s’apaise, on maîtrise la sentence des premiers jours saignants du mois et on se prépare psychologiquement. On a même une playlist exprès pour passer ce sale moment avec humour: «Sunday bloody Sunday», les chansons de Symply Redou d’Axelle Red, «En rouge et noir» de Jeanne Mas, etc. Bref, on désamorce. Mais la gêne est toujours là, et il y en a marre!

À un rendez-vous galant. Je cherche un stylo ou un rouge à lèvres dans mon sac et là, je sors un tampon! BIM! Malaise.

Un festival de malaises

Au supermarché, où je n’ai rien d’autre à acheter qu’une boîte de tampons et de serviettes (avec mon endométriose, on est sur quasi des couches d’enfant). À la caisse, un jeune homme, pas laid de surcroît, passe le sac de couches et les tamponset me regarde mi-apeuré, mi-dégoûté. BIM! Malaise.

Je suis dans un bar et c’est le moment où tu t’éclipses aux toilettes pour changer ton tampon. Ça fait déjà 3 heures qu’il meurt dans ton vagin et tu dois absolument le changer sinon ça fait mal et c’est l’infection assurée à tous les niveaux (désolée, mais on est décomplexées ici, on parle de tout). Tu essaies de cacher ton tampon dans ta main. Mais moi, j’ai une mini-main et un maxi-tampon. Du coup, c’est grillé! Et en plus, les emballages sont souvent bien fluo… Tu pars aux toilettes, tu fais ta petite affaire, et là, tu te rends compte qu’il n’y a pas de poubelle BORDEL (c’est le cas dans plein de bars, il faut que ça change!). Tu le mets où le tampon vide en plastique? DTC? Bah non! Alors, tu reviens dans le bar et tu cherches une poubelle. Comme par hasard, elle est derrière le bar, au vu de tous. BIM! Malaise.

Je n'en peux plus

Je suis en déjeuner et les Anglais débarquent. C’est la guerre de 100 ans dans la lolotte. Ce n’était pas prévu car elles arrivent avec un jour d’avance. Et moi, de demander dans tout le resto si personne n’a un tampon. L’enfer. Enfin, la patronne de 54 ans ultra-cool te sauve et te tend le Graal en corolle, mais sans applicateur! Vive les années 80! Je file aux toilettes et je chante du «Gold» pour faire passer la pilule, parce que ça fait mal en plus.

Au lit, avec un amoureux que j’aime beaucoup (il est bien peigné et sent Dior Homme), je suis envahie par le plaisir. Mais à son regard plus bas, je me rends compte que ce sont ses draps qui sont envahis par ces satanées menstruations. Plein de moi, partout dans son lit! Il réagit mal, il est écœuré et je sens qu’il veut me foutre dehors mais il se contrôle (cela dit, un mec qui réagit comme ça, c’est un gros con les filles, fuyez!).

Bref, tout ça pour vous dire que je n’en peux plus. La WTF m’aide à me décomplexer. J’ai mes règles? Eh bien, je vous emmerde! Je tends mon tampon fièrement, partout, comme une Statue de la Liberté. Ayons la force de dédramatiser tout ça. Aidons nos filles et nos petites sœurs à acheter des serviettes hygiéniques sans rougir. On a nos règles, c’est la nature, ça veut dire que notre corps fonctionne.

Parlons-en dans les milieux scolaires, ne laissons pas nos petites louloutes désinformées et honteuses et aidons nos mères, souvent pudiques, à libérer la parole ! Et vous savez quoi? Certaines de mes potes ménopausées les regrettent, parfois. Alors, profitons-en, en espérant qu’elles ne soient pas trop douloureuses.

Et puis, quand on se croisera dans la rue et que l’une de nous fredonnera du Jeanne Mas ou du Axelle Red, on se fera un petit clin d’œil.

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Melle Zaza #1779 - 28/05/18 17:04

😂😂 j’adore 😍

Fiona Gélin #1780 - 28/05/18 17:06

trop cool bravo

Mike62621 #1781 - 28/05/18 17:07

Excellent article ,j'ai rigoler mais j'étais un peu triste pour toi Enora avec cette saleté d'Endométriose.J’espère que cette article pourrait aider à libérer la parole.

kristoch #1782 - 28/05/18 17:13

Je tiens à vous rassurer sur ce point: y'a personne comme moi qui sent et ressent quand les femmes ont leurs règles!!! pourtant ça peut servir aussi bien à celles qui les ont qu'à ceux qui doivent se caler et faire gaffe, parce que oui y'a les sautes d'humeur en plus des douleurs et que j'en ai tenu compte surtout avec ma maman sinon chaque mois c'était la guerre: question de survie! pour mon odorat j'ai les sens décalés, désolé... Mais ça m'a souvent servi dans la vie de savoir l'état de la personne en face de moi ou avec moi si en couple. Je suis plus attentif, précautionneux dans ces cas là, j'en tiens au minimum compte et au maximum j'essaye de soulager la personne en l'aidant.

Mike62621 #1783 - 28/05/18 17:13

Excellent article ,j'ai rigoler mais j'étais un peu triste pour toi Enora avec cette saleté d'Endométriose.J’espère que cette article pourrait aider à libérer la parole.

Christelle Demets #1784 - 28/05/18 17:14

J'adore le ton de l'article. C'est trop la réalité. Moi aussi depuis le premier jour çà me saoule, d'autant que j'étais un vrai garçon manqué et que j'ai toujours voulu en être un ! M'a fille qui à 15ans m'a dit l'autre jour «Maman, vivement que je sois à la retraite et ménopausée !!» 😂😂😂

simpleman4704 #1785 - 28/05/18 17:15

franchement j'adore ce cris du cœur Enora et c écrit avec beaucoup d'humour et cela aide a mieux comprendre ce que vous vivez c vraiment très drôle et je réalise que c n'est pas rose tous les jours que ce soit pour toi ou pour toutes les femmes courage et merci de ce partage d’expérience en espérant que les mentalités évoluent

Johanna Jeewooth #1786 - 28/05/18 17:16

Parlons du prix des tampons ou serviettes Super article

Mathilde Cælicia #1787 - 28/05/18 17:16

Très bonne idée d'article, cesser de faire des règles un tabou. Mais à quand un article sur la cup, la cup menstruelle ? Il serait temps de démocratiser cet accessoire qui a changé ma vie il y a maintenant deux ans, qui me fait économiser des centaines d'euros tous les ans, qui est bon pour la planète et aussi pour nos corps : parce que l'on sait de quoi elle est composé, ELLE ! Je compte sur toi ?

Agora29 #1788 - 28/05/18 17:16

Éno est en roue libre 😂. Libérééééée, délivrééééée… décomplexééééée 👌