Bolewa Sabourin, l'artiste qui soigne les victimes de viol grâce à la danse

La thérapie de l'esprit par le corps

Laura Bonnet - 12/01/19 8:00

La danse ? Bolewa Sabourin l’avait dans le sang avant même sa naissance. Aujourd’hui, il utilise cet art pour venir en aide aux femmes victimes de violences sexuelles. Rencontre.

"La danse a toujours fait partie de moi. D’ailleurs, je suis presque né dans une salle de danse. Avant ma naissance, ma mère était l’élève de mon père, lui-même danseur", raconte Bolewa Sabourin en balayant rapidement les souvenirs de sa jeunesse. Né d’un père congolais et d’une mère française, Bolewa Sabourin est, aujourd’hui, connu pour son engagement associatif et surtout, pour avoir utilisé la danse comme un instrument thérapeutique. Avec son association Loba, et son projet Re-creation, lui et son équipe viennent en aide aux femmes victimes du viol comme arme de guerre.

La rencontre avec le docteur Denis Mukuege

Après une enfance passée entre la France et le Congo, Bolewa Sabourin se lance dans la vie associative. Il vit un peu partout et bouge de ville en ville. C’est une rencontre, et pas n’importe laquelle, qui vient bouleverser son quotidien. En effet, le8 mars 2016, le danseur se rend à une conférence de Denis Mukwege - médecin connu et reconnu - qui soigne les femmes victimes de violences sexuelles au Congo, et qui a récemment reçu le prix Nobel de la Paix. "Il a présenté son travail de reconstruction avec les femmes, expliquant que la psychologie occidentale ne fonctionnait pas sur ses patientes, en insistant sur le fait qu’elles avaient plus de mal à parler, à se confier. Il racontait, aussi, avoir constaté que la danse et le chant étaient les deux choses qui marchaient le mieux". Ces paroles font tilt dans la tête de Bolewa Sabourin : "cela a tout de suite fait écho à mon parcours. Pour moi, la danse a toujours été un outil thérapeutique, un moyen d'exprimer mes problèmes, mes peurs et mes galères", confie le danseur.

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Le début de l’aventure

"J’ai très vite échangé avec le docteur. Et rapidement, on a voulu tester l’expérience dans sa fondation, à l’hôpital de Panzi. Les résultats ont été immédiats. On avait la preuve que la danse était, dans ce contexte, un outil idéal. Les femmes venaient pour se libérer et ça se voyait. C'était l'un des meilleurs moments de ma vie".

Après cette expérience positive, Bolewa Sabourin rentre en France, et décide d'y développer le projet. "Aujourd'hui, on travaille avec beaucoup de femmes. On utilise le corps (avec la danse) mais également la voix (avec le chant). Lors de chaque séance, les femmes sont accompagnées par des binômes de deux personnes, un danseur et un thérapeute", dévoile le danseur. Son association, Loba, propose, également, un spectacle engagé, où des danseurs et comédiens racontent, sur scène, la vie de ces congolaises qui ont vécu l'horreur. Le but ? Sensibiliser le public et, plus globalement, la société à la terrible problématique du viol comme arme de guerre.

La danse comme exutoire

Si Bolewa Sabourin a décidé d’utiliser la danse pour tenter de venir en aide à ces femmes, c’est pour une bonne raison: "dans le cas du viol comme arme de guerre, le but est simple et établi : détruire l’esprit en utilisant le corps", insiste le danseur. "Pour moi, c'était logique de prendre en charge le corps de ces femmes pour pouvoir, ensuite, réparer leur esprit." Bolewa Sabourin nous a convaincu, quand ces femmes vont danser avec lui, c'est pour vivre une véritable pause dans leur mal-être.

"Quand elles dansent, ces femmes lâchent tout. Quand elles dansent, c'est un moment de joie intense. En se concentrant sur leur corps, elles oublient tout et deviennent, enfin, des femmes qui vont bien, des femmes qui vont mieux", conclu l'artiste.

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